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François Arnaud: l'art de prendre sa place

La scène se passe il y a exactement trois ans, en fin de soirée. François... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Photo Martin Chamberland, La Presse

La scène se passe il y a exactement trois ans, en fin de soirée. François Arnaud et ses camarades du Conservatoire venaient de présenter leur spectacle de finissants. À la chute du rideau, un jeune spectateur de 17 ans s'est approché.

«Je m'appelle Xavier Dolan et j'ai un rôle à te proposer dans mon premier film. Veux-tu venir prendre un café avec moi?» «Non, lui a répondu François Arnaud. Non, je n'ai pas le temps.»

François Arnaud, 24 ans, de son vrai nom François Barbeau, raconte l'anecdote sur la terrasse d'un café à Outremont en rigolant. «Xavier avait l'air d'avoir 12 ans. Je ne savais pas qui il était ni ce qu'il me voulait, alors c'est vrai, j'ai refusé d'aller prendre un café avec lui.»

L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais c'est mal connaître l'entêtement de Xavier Dolan et le flair de François Arnaud qui, quelques jours plus tard, a reçu le scénario de J'ai tué ma mère. «Quand j'ai lu le scénario de Xavier, j'ai tout de suite voulu embarquer. C'était original, bien écrit, tripant. Le fait de jouer le chum gai de Xavier ne me dérangeait pas parce que je sais qu'un acteur ne joue pas une orientation sexuelle. Il joue l'amour et le désir. Pour le reste, je me disais que si jamais ce film-là se faisait, nous serions peut-être 45 à aller le voir. Je n'imaginais pas l'incroyable buzz qui allait naître autour de ce film.»

Le projet emballant a mis un an et demi à se réaliser.

Belle gueule et talent

Entre temps, François a tourné dans Taxi 22, y jouant le fils de Patrick Huard, dans Yamaska et dans Les grandes chaleurs, sous la direction de Sophie Lorain qui l'a choisi après avoir passé en audition plus d'une cinquantaine de jeunes.

«Je ne l'ai pas juste choisi parce qu'il a une belle tête, raconte Sophie Lorain. Mais parce que c'est un acteur qui a de la profondeur et de la culture. C'est aussi un amoureux du théâtre et ça lui a servi dans la mesure où, au lieu d'être juste intimidé par Marie-Thérèse Fortin, il connaissait l'univers d'où elle venait. Les deux avaient cela en commun.»

Pas juste une belle tête, l'expression semble avoir été inventée pour François Arnaud. D'abord parce que c'est vrai qu'il est beau, avec cette mâchoire carrée faite pour la caméra, ces dents blanches et droites, ce sourire de tombeur. En même temps, pour arriver à s'imposer dans un rôle, cela prend plus qu'une belle gueule. Il faut du talent, de la détermination et un sain opportunisme, toutes choses dont François Arnaud semble être pourvu.

L'aventure qui lui est arrivé alors qu'il était en route pour un festival à Santa Monica, qui présentait J'ai tué ma mère, le démontre. À peine descendu de l'avion, son portable a sonné. C'était son agent qui le suppliait de ne pas prendre l'avion pour Los Angeles parce que Neil Jordan, le réalisateur de The Borgias, était à Toronto et voulait le rencontrer. Un autre qu'Arnaud aurait peut-être dit: c'est trop tard, je suis à L.A. Mais Arnaud a répondu qu'il allait s'arranger pour reprendre le premier vol pour Toronto, quitte à payer lui-même le billet. Finalement, Jordan l'a rencontré plus tard à Londres. Reste que la décision qu'il a prise donne la mesure de sa souplesse et sa détermination.

François Arnaud ne se souvient pas du moment précis où il a eu la piqûre pour le métier de comédien. «Sans doute vers l'âge de 8 ans quand ma mère m'amenait au théâtre voir L'avare de Molière ou Cyrano avec Guy Nadon. En même temps, je ne voulais pas me l'avouer. Comme tous les petits garçons veulent être joueur de hockey, chanteur ou acteur, je préférais me taire même si je savais que ce n'était pas une fantaisie d'enfant.»

De Barbeau à Arnaud

Né à Montréal en 1985, élevé à Outremont avec sa soeur cadette, Arnaud est le fils d'un avocat devenu promoteur immobilier. Après son primaire à Saint-Germain d'Outremont, Arnaud a été accepté à l'école des Petits Chanteurs du Mont-Royal où il a appris le chant et le piano. Il a par la suite fréquenté le collège Notre-Dame et sa troupe de théâtre avant de faire un DEC en arts, communications et théâtre au collège Brébeuf. Jusqu'à ce moment, François Arnaud répondait au nom de François Barbeau. Mais porter le même nom que l'homme de théâtre et créateur de costumes François Barbeau lorsqu'on veut travailler au théâtre n'est pas indiqué. Il s'est donc rebaptisé François Arnaud.

En février 2004, il s'est présenté avec 450 autres candidats aux auditions générales du Conservatoire pour le premier grand test de sa carrière. «À chaque étape, c'est la même chose, il y a une part de toi qui croit que tu vas faire partie des 10 qui seront choisis et une autre qui se dit que c'est impossible parce que t'es pas assez bon. Mais tu y vas quand même, au cas où.»

François Arnaud a finalement fait partie des dix élus du Conservatoire en 2004. «La première année, tout allait bien, les profs trouvaient que j'étais formidable. L'année suivante, ils m'ont rentré dedans, parce que je m'étais assis sur mes lauriers et que je me pensais trop bon. C'était parfait pour moi.»

En sortant du Conservatoire, Arnaud avait les mêmes rêves qu'en y entrant, mais surtout, il ne pensait pas passer le reste de sa vie à crever de faim assis à côté du téléphone.

«Si tu penses cela en partant, ça ne peut pas marcher. Il faut absolument que tu y crois. C'est pour ça que je ne me suis pas demandé si ça allait arriver, mais quand.»

Prendre sa place

Autant dire qu'il a obtenu des réponses plus vite que prévu. Six mois avant sa promotion, il avait déjà un agent: David Remington, qui est aussi l'agent de Monia Chokri et de Renaud Lacelle-Bourdon. Puis, au lendemain des Auditions du Quat' Sous, il obtenait un petit rôle au TNM dans L'imprésario de Smirne, monté par son ex-prof Carl Béchard. Le téléphone s'est mis à sonner sans répit, pour une audition, un rôle au cinéma, à la télé ou au théâtre. Souvent, il s'est retrouvé à côté d'acteurs avec 20 ans d'expérience de plus que lui.

«Ce qu'il y a d'extraordinaire à travailler avec des acteurs d'expérience, c'est qu'ils te traitent d'égal à égal en s'attendant à ce que tu sois aussi bon qu'eux. T'as pas le choix, faut que tu prennes ta place. C'est pas toujours évident parce qu'ici, on a tellement une culture de l'humilité que notre premier réflexe, c'est de nous excuser d'exister. Mais comme acteur, faut se faire violence et prendre sa place sinon il n'y a rien qui se passe.»

Son épopée au pays des Borgia, dont les deux premiers épisodes seront réalisés par Neil Jordan, le réalisateur du film The Crying Game, a commencé à Toronto. Arnaud y était pour la promotion de J'ai tué ma mère. Les distributeurs américains du film l'ont immédiatement invité à Los Angeles pour rencontrer des agents. Il a signé un contrat avec APA, une agence de taille moyenne qui représente autant des comédiens de cinéma que de théâtre.

Après une première audition catastrophique pour ABC, il a été invité à auditionner pour The Borgias, une série de 10 épisodes, qui doit prendre la relève des Tudors sur le réseau Showtime avec Jeremy Irons dans le rôle-titre. Arnaud a envoyé une maquette vidéo, puis a été invité à deux auditions avant de se retrouver en audition avec Jeremy Irons dont il incarne le fils le plus ambitieux, César.

François Arnaud partira à la fin juin pour Budapest. Il y restera pendant cinq mois et demi et pour ce faire, a dû sacrifier son rôle dans Yamaska et dans la pièce Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard. Une fois de plus, il a dû faire des choix pour mieux prendre sa place. Même s'il n'a que 24 ans, François Arnaud commence à en avoir l'habitude.




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