Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Le cinéma d'horreur britannique est de retour. Après les années de gloire des studios Hammer (Dracula, avec Christopher Lee, ça vous dit quelque chose?), le genre s'était un peu essoufflé au pays de Jack L'Éventreur. Mais depuis le début des années 2000, une nouvelle génération de cinéastes de l'hémoglobine semble se pointer le bout du nez. Parmi ceux-ci, l'Anglais Christopher Smith qui viendra présenter Black Death, le 23 juillet dans le cadre du festival Fantasia.

À 40 ans, Smith compte six longs métrages à son actif, les plus connus étant Triangle, Severance et Creep. Mais Black Death serait son film le plus violent. Campé dans une Angleterre médiévale rongée par la peste, il raconte l'histoire d'un groupe de soldats et d'un jeune moine échouant dans un étrange village où tous les habitants ont mystérieusement échappé à la grande faucheuse. Cette rencontre se transformera bien vite en affrontement entre christianisme et paganisme, chaque camp étant prêt à égorger, éviscérer et à démembrer pour imposer sa spiritualité.

Malgré ses scènes extraordinairement brutales, Black Death n'est pourtant pas un film d'horreur pur jus. Smith le décrit plutôt comme «un drame construit autour d'une histoire d'horreur», comme pouvaient l'être The Wickerman et Witchfinder General, deux classiques du cinéma de peur britannique. «Les vrais films d'horreur s'intéressent à comment les gens sont tués. Alors que Black Death s'intéresse à pourquoi les gens sont tués», nuance le réalisateur, rejoint en Angleterre.

Ce dernier n'avait pas besoin de forcer la note pour saisir les esprits. L'époque médiévale, réputée sombre et cruelle, avait déjà tout pour provoquer des frissons. «Je n'ai pas eu à ajouter des zombies et des sorcières volantes. Cette période était déjà horrible en soi. Les gens vivaient dans la peur et la panique totale. C'est pourquoi j'ai choisi d'aborder l'histoire avec réalisme. C'était la meilleure façon d'installer le climat et de passer mon message», ajoute-t-il.

Véritable charge contre le fondamentalisme religieux, Black Death tient un certain discours. Le réalisateur avait des opinions sur la question et souhaitait les partager. Mais sa critique, dit-il, ne vise pas tant ceux qui croient aveuglément, que ceux qui exploitent la peur et la crédulité des gens «pour asseoir leur pouvoir». Une forme de manipulation qui, selon, lui, n'a pas disparu!

Boromir un jour...

Christopher Smith tient toutefois à rassurer son public. Malgré son message, Black Death reste avant tout un film d'action, racontant le troublant périple d'une bande de soldats qui s'enfoncent en terra incognita, dans la noirceur, l'occulte et le paranormal.

Smith n'aurait probablement pas pu trouver mieux que Sean Bean pour mener cette expédition digne d'Aguirre, la colère de Dieu. L'acteur britannique, qui incarnait Boromir dans le Seigneur des anneaux, semble taillé sur mesure pour ces rôles de héros moyenâgeux sombres et brutaux. De fait, la ressemblance entre les deux personnages est si grande que la comparaison est inévitable. Le réalisateur en était tout à fait conscient et assume son choix.

«À partir du moment où Sean Bean porte une épée et des cheveux longs, il ressemble forcément à Boromir, dit-il. Même si on lui avait coupé les cheveux, il aurait ressemblé à Boromir avec des cheveux courts! On a vite cessé de se poser des questions».

Doté d'un budget de 6,5 millions de dollars, Black Death a été filmé en décors naturels avec peu d'images de synthèse. Christopher Smith n'a pas cherché la parfaite rectitude historique, préférant «contrôler le réalisme, plutôt que d'être contrôlé par lui». Des historiens ont quand même supervisé cette production d'époque évoquant en partie Le septième sceau de Bergman et Les diables de Ken Russell.

Reste à voir ce qu'en dira l'Amérique. Le cinéma britannique a déjà de la difficulté à être distribué aux États-Unis et au Canada. Imaginez quand c'est un film d'horreur! Chez nous, tous les films de Christopher Smith sont directement sortis en DVD, à l'exception de Severance en 2006. Une aberration que Fantasia dénonce vivement dans son volumineux programme. Il n'y a qu'une projection et le réalisateur sera sur place.

Black Death au théâtre Hall Concordia, vendredi 23 juillet, 21h30.