Sonia Sarfati LA PRESSE

Il se glisse souvent dans la peau des méchants… mais il sait leur donner de l’épaisseur. C’est grâce à ce supplément d’âme que son envoyé de l’enfer de Drive Angry devient la quintessence du cool. Discussion avec un acteur diaboliquement sympa.

Officiellement, Drive Angry 3D de Patrick Lussier est «le nouveau film de Nicolas Cage». Mais parions qu’en sortant des salles, c’est un autre nom qui sera sur toutes les lèvres. Celui de... «tsé, le gars bizarre dans Prison Break» ou encore «ouais, tu te souviens, le type de la banque dans The Dark Night». Peu importe, son visage, on le connaît. Son nom, c’est William Fichtner, il incarne ici The Accountant, avec une cool attitude irrésistible servie par les meilleures répliques du scénario coécrit par le réalisateur.

Ce scénario – et le film tourné en 3D sur lequel il a débouché – raconte l’histoire de John Milton (Nicolas Cage), criminel qui vient de s’évader et qui poursuit un homme se prenant pour le nouveau messie (Billy Burke). On découvre bientôt que la prison où Milton était incarcéré est en fait l’enfer. Et que le type à ses trousses, The Accountant, n’est pas vraiment un de ces comptables qui balancent la colonne des débits avec celle des crédits. On lui rend des comptes, à ce comptable-là.

«J’aurais pu consulter l’annuaire téléphonique, j’y aurais certainement trouvé le nom de quelqu’un qui travaille pour l’enfer et je lui aurais posé quelques questions en guise de recherche pour élaborer le personnage», a rigolé l’acteur au bout du fil lorsque joint par La Presse à Toronto, où il était en promotion pour le film.

C’est avec un plaisir évident qu’il parle de cette expérience – et de The Accountant. «Au départ, le personnage était comme une ardoise vierge et, au fil des lectures, des détails me sont apparus. J’en ai discuté avec Patrick et je lui ai bâti un passé», explique celui qui, même si on l’a souvent vu en «méchant», a besoin de trouver des motivations, de la substance à un personnage avant de l’incarner. «La méchanceté pour la méchanceté, c’est vide. On s’accroche à quoi pour jouer ça? D’ailleurs, je n’ai jamais considéré The Accountant comme un pur vilain.»

Il en a eu la preuve dans la scène où le personnage découvre les raisons pour lesquelles Milton, bandit infâme mort depuis une bonne quinzaine d’années, s’est échappé de l’enfer. Disons simplement qu’elles apparaîtront, pour n’importe qui, comme «de bonnes raisons». Même pour The Accountant: «C’est pour ça que, sans dévier de sa mission, qui est de capturer Milton… et nul doute qu’il va y parvenir, il va lui donner un petit coup de main ici et là.»

À noter, aussi, la jouissance quasi sensuelle que la traque semble procurer au personnage. On est loin de Tommy Lee Jones poursuivant Harrison Ford dans The Fugitive. «Dans l’histoire que j’ai imaginée, The Accountant a autrefois été humain et il aime bien, de temps en temps, retourner sur Terre, écouter de la musique… et conduire des bagnoles.»

Là se trouve un point commun entre l’acteur et le personnage. William Fichtner est un vrai car lover. Il faut l’entendre parler des Charger 69, Chevelle 70 et Chevelle 454 qui apparaissent dans le film… et qu’il n’a pas vraiment eu l’occasion de conduire. Peut-être la seule «déception» (cela dit entre guillemets) de ce tournage qu’il voit comme «un point culminant» pour lui.

Quant à la relation avec Patrick Lussier, avec Nicolas Cage, il n’y voit que du positif. Les caméras 3D, que du «jamais dans mes jambes»: «C’est à peine si j’ai été conscient qu’on tournait en 3D. Parfois, Patrick me demandait de faire ça de telle manière parce que l’effet était plus cool à travers sa lentille, mais pas plus que ça. En fait, c’est quelque chose de très technique, ça ne touche pas vraiment le jeu. Et il y a des gens forts en technique sur le plateau pour s’occuper de ça. Alors, pourquoi s’en mêler?»

À chacun sa mission, dirait The Accountant – qui remplit toujours parfaitement les siennes.