Publié le 23 mars 2011
Marc-André Lussier LA PRESSE

De passage à Montréal afin d’accompagner la sortie de son plus récent film Vénus noire (à l’affiche le 1er avril), l’auteur cinéaste Abdellatif Kechiche observe évidemment avec un oeil très intéressé les événements ayant cours présentement en Afrique du Nord.

Âgé de cinq ans au moment où ses parents ont choisi de quitter la Tunisie pour s’installer en France, le réalisateur de L’esquive et de La graine et le mulet parle aujourd’hui d’une révolution d’autant plus exaltante que celle-ci a connu ses premiers balbutiements dans son pays natal.

«Du baume au coeur, dit-il. À tout le moins au début. Cette révolution est loin d’être terminée. Il y a quelque chose d’irréversible dans ces mouvements et je crois qu’ils se répandront dans tous les pays arabes à plus ou moins brève échéance.»

Pourtant, Kechiche ne cache pas éprouver un «sacré malaise» à la suite de l’intervention aérienne de l’Occident en Libye, particulièrement face à l’implication de la France, purement électoraliste à ses yeux.

«Dans notre esprit, la présence française dans cette opération évoque immédiatement la guerre d’Algérie et ses relents colonialistes. C’est un peu comme si l’Occident volait au peuple libyen sa propre révolution. Or, la révolution doit être faite par le peuple. Et personne d’autre. Aussi, il n’y a rien de crédible à voir des forces occidentales s’en prendre à des tyrans dont elles été complices pendant des décennies. Ce jeu-là est très dangereux il me semble. On n’en mesure pas bien les conséquences. J’ai peur que les leaders de nos gouvernements gâchent tout. À vrai dire, je ne vois pas beaucoup d’humanité dans ce qu’ils sont en train de faire en Libye.»
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Notre entrevue avec Abdellatif Kechiche sera publiée samedi dans le cahier Cinéma.