Publié le 29 mars 2011
Sonia Sarfati LA PRESSE

À l'occasion du lancement, aujourd'hui, de The Ten Commandments: Limited Edition, La Presse s'est entretenue avec Fraser C. Heston, fils de Charlton. Parce que, si cette oeuvre de Cecil B. DeMille a fait de son père une star, elle a aussi été l'occasion, pour lui, de tenir son premier rôle au grand écran. Conversion avec celui qui a incarné Moïse bébé.

C'était le 12 février 1955. Lydia Clarke, femme de Charlton Heston, mettait au monde leur premier enfant. Le télégramme est arrivé quelques heures après la naissance de celui qui se prénommerait Fraser: «Félicitations! Il a le rôle.» Signé: Cecil B. DeMille.

«Quand mon père a été choisi pour incarner Moïse dans The Ten Commandments, ma mère était enceinte. Cecil avait dit à mes parents que, si leur enfant était un garçon, il pourrait incarner Moïse bébé, au début du film», raconte Fraser C. Heston, que La Presse a joint au téléphone dans les bureaux de la maison de production Agamemnon Films, qu'il dirige et que son père a fondée.

Il n'a bien sûr aucun souvenir de ses premiers pas devant la caméra du légendaire réalisateur. Des «pas» qui n'en étaient pas vraiment puisque, âgé de 4 mois, il passait d'une paire de bras à une autre.

«Mon père m'a raconté que, lors de mon premier jour de tournage, une travailleuse sociale se trouvait sur le plateau pour veiller sur les enfants. Quand est venu le temps de me placer dans le fameux panier, elle a voulu le faire. Mon père lui a dit qu'il se chargeait de ça. Elle a refusé, alléguant qu'elle était responsable des petits. Alors, il a pris la «voix de Dieu» et il a tonné: «Donnez-moi cet enfant!»», rigole Fraser C. Heston - car Charlton Heston prête aussi sa voix au Tout-Puissant dans ce film qui a changé la vie de sa famille. «Mon père était connu, mais The Ten Commandments a fait de lui une star. C'est grâce à ce rôle qu'il a ensuite obtenu celui de Ben-Hur, pour lequel il a remporté son Oscar.»

Mais aux yeux du fils, le père en méritait aussi un pour son interprétation de Moïse. Tout comme Cecil B. DeMille pour la réalisation de ce drame épique qui «est plus daté, plus stylisé que le Ben-Hur de William Wyler, mais qui tient tellement bien la route encore aujourd'hui».

Parce qu'il y a la puissance de la grande «histoire», mêlée à ces trames à l'échelle humaine qui parlent à tous. «Moïse, tel que présenté dans ce film, était un grand homme, mais un grand homme avec des faiblesses et des défauts», ajoute-t-il.

Un père formidable

Fraser C. Heston ne fait pas le rapprochement entre le personnage biblique et son père, mort en avril 2008, mais il est aisé de tracer un parallèle: l'acteur de légende qui, dans les années 60, a milité en faveur du Mouvement des droits civiques, est devenu, vers la fin de sa vie, le fer de lance de la National Rifle Association. Pour son fils, qui l'a engagé à deux reprises (pour les téléfilms Treasure Island et The Crucifer of Blood, qu'il a réalisé), Charlton Heston était «un type très agréable à côtoyer, au travail comme dans la vie; un collaborateur hors pair et un père formidable».

Ils étaient très proche l'un de l'autre. Et, non, il n'utilisait pas «la voix de Dieu» pour se faire obéir à la maison.