Publié le 29 oct. 2011
André Duchesne LA PRESSE

Dans l’entourage des organisateurs, on ne donnait pas cher de la peau du premier Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT).

«Coller le mot «région» avec le mot «international», personne ne croyait à cela. C’est comme mélanger l’eau chaude et l’eau frette», lance le président, Jacques Matte.

Même chose lorsque le festival, au bout de quelques années d’une programmation de soirée, a décidé de tenir des séances d’après-midi. Même chose lorsque les programmateurs ont décidé de présenter des films étrangers sous-titrés. Ou des documentaires ultras pointus.

Des exclamations dans le genre «Es-tu fou!!!», Jacques Matte en a entendu son lot.

Et pourtant, ça marche! Samedi soir, le FCIAT ouvrira sa 30e présentation avec le long métrage Le vendeur, de Sébastien Pilote, en première québécoise. Avant de fermer le rideau, quelques jours plus tard, avec rien de moins que Le gamin au vélo des frères Dardenne, en première québécoise là aussi. Entre les deux, les cinéphiles auront vu passer des oeuvres fortes telles Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, Et maintenant on va où? de Nadine Labaki, The Artist de Michel Hazanavicius ou Roméo Onze d’Ivan Grbovic.

Qu’est-ce qui fait donc courir - et réussir - le FCIAT? La constance et la convivialité!

C’est ce qu’on décode assez aisément en écoutant le président Matte parler de cet événement dont il tient la barre depuis les tout débuts. Il n’est pas seul. Depuis toujours, ses deux potes Guy Parent et Louis Dallaire sont également de la partie. Une équipe d’employés et de bénévoles se greffe à ce noyau.

«On dit à la blague que je suis président à vie, dit M. Matte, de passage cette semaine à Montréal. Mais ce festival est le fruit d’un travail collégial. Guy, Louis et moi avons le même point de vue sur la qualité des films à présenter. Et nous faisons cela en plus de nos emplois», dit M. Matte qui est le directeur général du Théâtre du cuivre de Rouyn-Noranda.

Échange avec le public

Si les trois compères forment le noyau humain du FCIAT, c’est cette salle de 723 places qui en constitue le coeur. Davantage une agora, en fait. Car, après la présentation d’un bloc de films, les spectateurs se rassemblent pour discuter entre eux et avec comédiens et réalisateurs.

Voilà où réside l’autre grande force de l’événement: sa convivialité.

«Il s’est réellement créé une culture cinématographique chez les gens qui fréquentent le festival, poursuit M. Matte. En pouvant se mêler aux artisans, le public a le sentiment de se rapprocher du film et de l’oeuvre. C’est plus amical que groupie. Les réalisateurs qui viennent nous disent à quel point les gens écoutent et aiment échanger. Ce n’est pas un rallye de démolition. Lorsqu’un film passe moins bien, ce n’est pas un drame.»

En 30 ans, le festival a accueilli de 3000 à 3500 invités, estime son président. Il y a eu plusieurs grands noms, de Pierre Perrault à Pierre Falardeau en passant par Claude Lelouch, Serge Gainsbourg, Pierre Richard, Roy Dupuis, Margot Kidder et Marie Trintignant. De quoi meubler bien des souvenirs.

«Je me souviens de Jean-Claude Lauzon, qui était très professoral, raconte M. Matte. Un jour, il avait emmené Claude Lelouch à la chasse aux faisans en lui montrant comment tenir le fusil. Je me souviens d’un hommage à Gilles Carle, rayonnant de bonheur malgré la maladie. Je me souviens de cette ovation à Denys Arcand et à Denise Robert après la projection de L’âge des ténèbres. Ils étaient tellement heureux! Ou encore de la générosité avec laquelle Pierre Falardeau parlait du festival. Il avait autant d’intérêt à en parler que du film qu’il venait présenter.»

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Le FCIAT se déroule jusqu’au 3 novembre.