Publié le 25 févr. 2012
Marc-André Lussier LA PRESSE

Retenu aux Oscars dans la catégorie du meilleur long métrage d'animation, Une vie de chat propose une approche différente de celle que privilégie habituellement Hollywood.

Au sein du tandem que forment Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, les rôles sont déjà bien définis. Le premier est chargé du scénario; l'autre, de tout l'aspect graphique des dessins animés qu'ils concoctent ensemble.

«Notre collaboration dure depuis maintenant près d'une vingtaine d'années, a précisé Alain Gagnol au cours d'une entrevue accordée à La Presse récemment à Paris. Grâce au studio Folimage, nous avons déjà coréalisé 14 courts métrages d'animation. Ces films contenaient beaucoup d'humour noir. Ils étaient principalement destinés à un public adulte. Quand est venu le moment d'élaborer Une vie de chat, notre premier long métrage, nous nous sommes vite rendu compte qu'il valait mieux viser un public plus large.»

Le monde de l'animation a évolué rapidement au cours des dernières années, particulièrement sur le plan technologique. Gagnol célèbre la grande diversité maintenant offerte aux spectateurs.

«Je me rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, à l'époque où Folimage a lancé son premier long métrage, La prophétie des grenouilles, en 2003, il n'y avait pratiquement pas de concurrence dans le domaine de l'animation en France. Quand Une vie de chat a pris l'affiche, nous n'étions plus seuls du tout. Je trouve d'ailleurs l'engouement général pour les films d'animation très enthousiasmant. D'autant plus qu'en Europe, chaque animateur a le loisir de garder sa personnalité. Ce n'est pas toujours le cas aux États-Unis, où les oeuvres sont plus formatées.»

Un nouvel engouement

Gagnol relève principalement deux éléments importants pour expliquer l'engouement actuel pour les longs métrages d'animation. L'arrivée du studio Pixar aux États-Unis, et le succès inattendu de Kirikou et la sorcière en France.

«Kirikou a indéniablement changé la donne pour nous, dit-il. Le film de Michel Ocelot s'est imposé discrètement, mais son succès a prouvé aux investisseurs qu'une approche différente de celle qu'emprunte Hollywood était viable. Les portes se sont alors ouvertes pour les autres, notamment Sylvain Chomet et ses Triplettes de Belleville. Quant au studio Pixar, outre les qualités esthétiques de ses productions, il a eu le génie d'inventer des histoires qui pouvaient être aussi bien appréciées des enfants que des adultes.»

Campé dans une Ville lumière sublimée par le trait graphique de Felicioli, Une vie de chat relate avec des accents de film noir le parcours de Dino, un chat menant une double vie. Vivant le jour avec la fillette d'une commissaire de police, Dino partage en effet ses nuits avec un cambrioleur sur les toits de Paris.

«Certains spectateurs nous ont fait un compliment qui m'a fait grand plaisir, même s'il est quand même un peu ambigu, dit le coréalisateur. Ils nous ont dit que notre film ressemblait à du vrai cinéma.

«C'est un peu réducteur pour le genre du film d'animation, mais en même temps, c'est plutôt flatteur sur le plan de la mise en scène!»

Ticket pour les Oscars

Les films d'animation pouvant habituellement voyager plus facilement que les films en prises de vues réelles, Une vie de chat a déjà été doublé en plusieurs langues. Il a ainsi eu l'occasion de se faire valoir un peu partout dans le monde. Cerise sur le gâteau, ce film français a décroché une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur long métrage d'animation, aux côtés des Rango, Kung Fu Panda 2 et autres Puss in Boots.

Pour l'heure, le tandem planche sur un second long métrage. Le titre est déjà choisi. Phantom Boy aura des accents de polar fantastique et son intrigue sera campée à New York.

«Le graphisme de Jean-Loup étant très fort, le New York qu'on retrouvera dans le film sera à l'image du Paris d'Une vie de chat, indique Alain Gagnol. C'est-à-dire complètement faux. Jean-Loup est très influencé par les peintres et il peut mettre sa propre couleur dans n'importe quel univers. De mon côté, ma préoccupation est de jeter les bases d'un style sans qu'il y ait répétition d'un film à l'autre.»

Une vie de chat prend l'affiche le 2 mars.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.