Publié le 25 févr. 2012
Marc Cassivi LA PRESSE

Elle avait 25 ans lorsqu'elle a écrit Bachir Lazhar, la pièce de théâtre. Demain, elle sera au Hollywood and Highland Center pour voir le film qui en a été tiré 11 ans plus tard, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, concourir pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Evelyne de la Chenelière est accaparée ces jours-ci par les répétitions d'Une vie pour deux, son adaptation d'un roman de Marie Cardinal qui sera présentée à la fin du mois d'avril à Espace Go.

La comédienne et dramaturge québécoise est immergée dans le processus de création de cette pièce mise en scène par Alice Ronfard, dont elle partagera l'affiche avec Violette Chauveau. Mais c'est une autre de ses oeuvres, Bachir Lazhar, écrite entre 2000 et 2001, et créée en 2006 au Théâtre d'Aujourd'hui, dont on ne cesse de lui parler depuis un an.

«Dans un processus qui m'accapare, même des réjouissances, ça dérange! dit-elle en riant à propos de la soirée des Oscars. Je plaisante à moitié avec ça, mais depuis la sortie du film, je dis à Philippe que c'est trop long! Je rigole. Je ne suis pas au-dessus de tout ça, mais je suis vraiment quelqu'un qui est plongé dans le travail à venir, dans le chantier, dans la construction du travail. Jamais je ne regarde derrière et là, je suis forcée de le faire un peu, pour me rappeler l'impulsion de cette écriture-là.»

Qu'on la comprenne bien. Evelyne de la Chenelière est ravie d'avoir été invitée aux Oscars par l'équipe de Monsieur Lazhar. «C'est extraordinaire, vraiment. C'est une marque de reconnaissance et d'amitié. Avec l'intensité des rapports sur une longue période de temps, il y a des liens affectifs qui se sont noués. Je suis reconnaissante parce que je sais à quel point c'est difficile d'avoir une place.»

La dramaturge a laissé le champ libre à Philippe Falardeau dans le processus d'adaptation de sa pièce, mais elle est restée, comme le dit si bien le cinéaste, «la gardienne du personnage» de cette oeuvre qui n'en compte qu'un seul, contrairement au film. «C'est son travail et son appropriation», dit-elle de Monsieur Lazhar, auquel elle a offert toute sa collaboration et son soutien.

Le succès du film aura-t-il un impact sur la carrière de la pièce, qui a été jouée un peu partout depuis 2007? «Je n'en suis pas sûre, dit Evelyne de la Chenelière. Ce sont deux objets tellement différents. Ce qui est positif, bien sûr, concerne plutôt Philippe Falardeau. Et ça me réjouit. Sur un plan plus personnel, je constate la différence de rayonnement, ne serait-ce qu'en terme de nombre, de masse, entre le théâtre et le cinéma. Je ne l'avais jamais vécu de cette façon-là.»

Après avoir accompagné le film au Festival de Toronto et à l'événement Cinéma du Québec à Paris, c'est avec grand plaisir qu'elle sera à la soirée des Oscars demain. Ce qui ne l'empêche pas de poser un regard critique sur la culture des prix et l'influence sans doute démesurée qu'on accorde aux multiples récompenses.

«C'est devenu vraiment le jalon de la plupart des gens de la valeur d'un objet artistique, regrette-t-elle. Et là, je trouve que l'on se trompe magistralement. Le temps est mal choisi pour dire ça parce que je suis contente pour Monsieur Lazhar, mais les prix deviennent notre façon d'évaluer les choses. C'est un piège et pour le public et pour les artistes.»