Marc-André Lussier LA PRESSE

L’adaptation cinématographique du roman de Don DeLillo faisait partie des œuvres les plus attendues de la compétition. Le nouveau film de David Cronenberg ne provoque toutefois pas de grandes passions sur la Croisette.

> Suivez Marc-André Lussier en direct de Cannes

Bien involontairement, David Cronenberg a provoqué le plus beau sourire de tout ce festival. Dans une séquence de Cosmopolis, le jeune milliardaire Eric Parker, interprété par Robert Pattinson, demande en effet à son chauffeur où se retrouvent toutes les limousines de la ville une fois la nuit tombée. Or, les festivaliers ont eu la réponse à cette question deux jours plus tôt, dans la scène finale – très marrante – de Holy Motors (Leos Carax).

Ce fut là d’ailleurs la seule occasion de sourire au cours de la projection de cette fable glacée comme une vitre blindée, qui apostrophe au passage des thèmes qui font désespérément écho à notre actualité. Pendant que New York est mise à mal par les financiers, pendant que des émeutes grondent aux quatre coins de la cité et que la Bourse est en train de s’effondrer, Eric Parker, jeune milliardaire de 28 ans, décide d’aller se faire couper les cheveux. S’isolant du monde dans sa limousine, où il vit, Parker reçoit pendant la journée des visites comme autant de participations d’acteurs. Jay Baruchel, Juliette Binoche, Samantha Morton, Paul Giamatti, Mathieu Amalric, Sarah Gadon, et quelques autres, viennent faire leur numéro et puis s’en vont. Robert Pattinson, qui tient visiblement à se défaire de l’image de beau ténébreux qui lui colle à la peau depuis Twilight, est de tous les plans.

Respectant minutieusement les dialogues du roman de DeLillo, Cronenberg accouche ici d’un film léché, aussi bavard que statique. À la sortie de la projection de presse ce matin, on pouvait entendre autant de bons que de mauvais commentaires.

L’essentiel du cinéma

David Cronenberg, qui affirme toujours que le scénario appelle le type de mise en scène approprié, fut enthousiasmé dès la lecture du livre de Don DeLillo.

«Le producteur Paulo Branco m’a fait parvenir le roman, expliquait hier le cinéaste lors d’une conférence de presse tenue en marge de la projection du matin. J’ai écrit l’adaptation en six jours. Un record pour moi. La structure dramatique était déjà bien établie dans le bouquin. Les dialogues étaient parfaits. J’ai dû modifier de petites choses, mais dans l’ensemble, les dialogues originaux sont pratiquement repris tels quels.»

L’auteur cinéaste, toujours en quête d’une première Palme d’or, a en outre réfuté ce que d’aucuns ont qualifié d’approche «théâtrale».

«Oui c’est vrai. La dernière scène dure 22 minutes et il s’agit d’une conversation entre Paul Giamatti et Robert. Je savais très bien que des gens diraient que c’est «théâtral». Or, une scène comme celle-là comporte aussi des effets de cinéma. J’y vois même là l’essentiel du cinéma. Un visage qui parle, voilà ce qui est cinématographique à mes yeux.»

Cosmopolis arrive aussi à point nommé dans le paysage, dans la mesure où il fait écho aux différents tumultes qui secouent la société.

«C’était très étrange au moment du tournage, fait remarquer Cronenberg. Nous tournions le jour un film qui aborde de front les fondements même du capitalisme, et le soir, le mouvement Occupy Wall Street investissait les rues. Pour nous, cela relève d’une pure coïncidence. Tant mieux si le film est pertinent mais nous n’avons pas cherché à ce qu’il le soit. Tout simplement parce que personne ne sait dans quelle direction tout ça s’en va. Personne n’a de réponse à vrai dire.»

Cosmopolis prend l’affiche le 8 juin au Québec. Nous y reviendrons.