Un des plus grands acteurs allemands, Sebastian Koch (La vie des autres, Le tunnel) est de passage à Montréal pour promouvoir le film Das Wochenende (Le week-end), où il est question des germes et des séquelles des actes commis par la Fraction armée rouge (FAR), groupe terroriste allemand d'extrême gauche. La Presse a rencontré le comédien hier.

Mis à jour le 27 août 2012
André Duchesne LA PRESSE

Q: Que doit-on retenir de la FAR?

R: La FAR aura vécu sur trois vagues de jeunes qui ont cultivé une aversion pour la génération de leurs parents, celle des nazis. Ces jeunes auraient voulu que leurs parents leur expliquent ce qui s'est passé et pourquoi. Mais ceux-ci ont refusé de répondre à leurs questions. Les jeunes se sont sentis trahis. Ils disaient: «Arrêtez ce silence! Arrêtez ces mensonges! Arrêtez de nous cacher des choses!» Mais le film n'aborde pas tant l'action de la FAR que les conséquences de ce qui s'est passé.

Q: Justement, l'histoire est centrée sur le personnage de Jens qui sort de prison. Il y a séjourné 18 ans pour avoir commis des actes terroristes. Dans quel état d'esprit est-il?

R: Le personnage de Jens est inspiré d'un individu qui a réellement existé et qui est encore en vie, Christian Klark. À sa sortie de prison, des gens lui ont demandé de s'excuser et il n'a jamais voulu. Pour lui, les gestes commis étaient la chose à faire au moment où il les a faits. En prison, les gens ont un lien avec le monde extérieur par le biais des journaux ou de la télévision. Mais tout le reste est dans leur imaginaire. Lorsqu'ils sortent, ils sont déstabilisés. C'est un aspect que j'ai voulu donner au personnage. Jens a de la difficulté à bouger, à fumer librement ou à toucher à une femme. Il est comme une huître qui s'ouvre deux ou trois fois pour ensuite se refermer.

Q: Le public allemand désire-t-il renouer avec ce passage de l'Histoire?

R: Les gens de 50, 60 ans le veulent. À l'époque, beaucoup appuyaient le FAR, voyaient ses membres comme des héros. D'autres, c'est vrai, étaient apeurés. Mais il y avait une lutte pour quelque chose. Alors qu'aujourd'hui, les jeunes se balancent de tout. Ils ne posent aucune question. Et puis, dans le film, les personnages avancent à petits pas. Ils font de tout petits gestes, un à la fois, pour que les choses changent. C'est comme ça aussi dans la vie. Et c'est pour cela que j'aime ce type de cinéma, bien différent de celui d'Hollywood où tout est noir ou blanc.

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Das Wochenende. De Nina Grosse, Allemagne. En allemand, avec s.t.f. et s.t.a. Cinéma Impérial à 14h.