Notre envoyé spécial sur la Croisette fait le compte rendu des dernières nouvelles du Festival de Cannes.

Mis à jour le 19 mai 2018
Marc-André Lussier LA PRESSE

LE POIRIER SAUVAGE

(EN COMPÉTITION)

Nuri Bilge Ceylan est le seul cinéaste de cette compétition à pouvoir entrer dans le club sélect des lauréats de deux Palmes d'or du long métrage. Il y a quatre ans, cet habitué de la Croisette a obtenu le laurier suprême grâce à Winter Sleep. Auparavant, il avait déjà obtenu le Grand Prix deux fois (Uzak en 2003 et Il était une fois en Anatolie en 2011), de même qu'un Prix de la mise en scène en 2008 (Les trois singes). Le poirier sauvage, le dernier des 21 longs métrages sélectionnés dans la compétition à avoir été présenté, est une grande oeuvre, tant sur le plan cinématographique que sur le plan de l'écriture. Au coeur du récit, Sinan (Dogu Demirkol), un jeune homme qui voudrait devenir écrivain, et qui tente d'amasser des sous pour réaliser son rêve. Les dettes que ne cesse d'accumuler son père le retiennent pourtant dans le village où sa famille mène une vie plus que modeste. « On dit que chaque chose que cache un père réapparaît un jour chez son fils », indique le cinéaste turc dans les notes de production. La quête de connaissances du jeune homme donne lieu à des discussions fascinantes, non seulement avec les membres de sa famille, dont le père en question, mais aussi des gens avec qui il parle de littérature (une scène avec un écrivain à succès est formidablement bien écrite et bien jouée), de religion, de l'état de la société turque, sans que jamais ne pèse la moindre trace de didactisme. Oui, c'est bavard, oui, c'est long (188 minutes), et si certaines des discussions auraient pu être resserrées, l'ensemble n'en reste pas moins brillant. On voit mal comment cette toute dernière entrée pourrait être écartée du palmarès.

UN COUTEAU DANS LE COEUR

(EN COMPÉTITION)

Réalisé par le Français Yann Gonzalez (Les rencontres d'après minuit), Un couteau dans le coeur est l'un des films ayant le plus divisé la Croisette. Mettant en vedette Vanessa Paradis, qui incarne une productrice de films pornos gais à la fin des années 70, ce film est une sorte de Cruising stylisé, à la différence que les meurtres - dont sont victimes plusieurs des acteurs avec qui la productrice travaille - incitent cette dernière à les transgresser dans ses films. Sexe, sang et mort se côtoient parfois de manière lyrique (particulièrement la scène du premier meurtre), et l'atmosphère de cette époque pré-magnétoscopes est aussi bien rendue. Parsemé de touches d'humour, Un couteau dans le coeur ne correspond pas tout à fait à l'idée qu'on se fait habituellement d'un film en lice pour la Palme d'or, mais saluons quand même l'audace des sélectionneurs.

AYKA

(EN COMPÉTITION)

Les temps sont difficiles partout, et la misère humaine s'installe. Plusieurs des films de la sélection abordent ce thème, particulièrement la question des migrants et des sans-papiers. Le réalisateur kazakh Sergey Dvortsevoy, dont le film Tulpan avait reçu le prix Un certain regard il y a 10 ans, s'intéresse cette fois à une femme kirghize, Ayka, qui, à Moscou, s'enfuit de la clinique de maternité où elle vient d'accoucher. Sans ressources, sans papiers en règle, très endettée, Ayka devra trouver le moyen de survivre, souvent dans des conditions atroces. En plus du propos, forcément très remuant, Ayka se distingue grâce à une mise en scène très fébrile, et une caméra qui suit l'actrice Samal Yeslyamova comme une deuxième peau. Cette dernière pourrait d'ailleurs bien être sur les rangs en vue du prix d'interprétation.