En cette ère post-Weinstein, il a beaucoup été question de l'avancée des femmes au cours de la conférence de presse du jury, présidé par Cate Blanchett et dont fait partie Denis Villeneuve. Il a aussi été question de cinéma. En souhaitant qu'un jour, les réalisatrices puissent collectivement prendre la place qui leur revient.

Mis à jour le 9 mai 2018
MARC-ANDRÉ LUSSIER LA PRESSE

Au Festival de Cannes, les neuf membres du jury se présentent toujours deux fois devant la presse. La première rencontre a lieu avant que quiconque ait vu le moindre film, la seconde se déroule après l'annonce du palmarès, alors que les membres du jury se font mitrailler de questions à propos de leurs choix.

Hier, à quelques heures de la soirée d'ouverture, plusieurs questions tournaient autour de la place des femmes dans ce festival et, plus largement, dans le monde du cinéma, à une époque où le mouvement #metoo est venu marquer profondément les esprits.

À un journaliste qui affirmait qu'elle était à la tête du premier jury cannois à majorité féminine, Cate Blanchett a vite répondu qu'au cours des dernières années, les jurys de Cannes ont souvent été paritaires.

«Les choses avancent, mais cela va prendre du temps. On ne peut pas s'attendre à ce que tout change du jour au lendemain. Il faut des mesures concrètes, pas seulement des déclarations générales.»

Cette année, le jury est composé des actrices Léa Seydoux et Kristen Stewart, de la réalisatrice Ava DuVernay, de la chanteuse Khadja Nin, de l'acteur Chang Chen, des cinéastes Robert Guédiguian, Andreï Zviaguintsev et Denis Villeneuve.

Le cinéaste québécois a d'ailleurs appuyé les propos de la présidente en faisant valoir qu'on ne pouvait mesurer l'évolution sociale de la même façon que les indices économiques.

«Il faudra du temps pour mesurer l'impact de tout ce mouvement, du temps aussi pour qu'on arrive à l'égalité, mais ça va arriver. Parce qu'il le faut!», a-t-il déclaré.

Des oeuvres artistiques avant tout

Cate Blanchett ne voit par ailleurs aucun paradoxe dans le fait d'évoluer dans un milieu qui met de l'avant la beauté des femmes ‒ celle des hommes aussi ‒, surtout dans le cadre d'un festival où le glamour est célébré.

«Être attirante n'exclut en rien l'intelligence! a-t-elle lancé. Le glamour, la joie de vivre, la fête, tous les aspects de ce festival doivent aussi être savourés!»

Quand on lui a fait remarquer que seulement trois réalisatrices étaient en lice pour la Palme d'or, sur 21 cinéastes invités, la présidente a dit garder confiance en l'avenir.

«Bien sûr, j'aurais aimé qu'il y en ait davantage. Sur les quelque 1900 films que les comités de sélection ont vus, je ne sais quelle était la proportion de films réalisés par des femmes, mais je sais que les comités de sélection sont paritaires à Cannes. Je crois que le travail est peut-être à faire en amont, à l'extérieur du cadre du festival. De notre côté, il est certain que nous n'évaluerons pas les films en compétition par le sexe ou la nationalité des personnes qui les ont réalisées, mais en tant qu'oeuvres artistiques.»

Qu'est-ce qu'une bonne Palme d'or?

Invités à tour de rôle à décrire ce qu'ils considéraient comme une oeuvre digne d'une Palme d'or, les membres du jury ont souvent évoqué la notion de pérennité.

«C'est une gymnastique particulière. Il faudra avoir l'intuition de trouver le film qui va traverser le temps. C'est un exercice passionnant», pense Denis Villeneuve.

En évoquant une «tâche impossible», Cate Blanchett a de son côté fait valoir que les choix des critiques et du public pouvaient être différents de ceux d'un jury, et qu'ils étaient complémentaires d'une certaine façon.

«Une Palme d'or englobe tous les talents, a-t-elle expliqué. Il faut choisir un film qui capte l'imagination et dont l'écho se fera entendre bien au-delà du festival. Il y aura aussi des déçus, forcément. Mais je crois que la rumeur à propos de tous les films en lice est assez forte pour faire en sorte que les gens auront envie de les voir.»

Cate Blanchett, Léa Seydoux, Khadja Nin, Ava DuVernay et Kristen Stewart ont par ailleurs toutes confirmé leur présence samedi à la montée des marches 100 % féminine. Une centaine d'autres femmes du cinéma les accompagneront.