Xavier Dolan, 25 ans, a remporté samedi le prix du jury à Cannes pour l'émouvant drame familial Mommy, ex aequo avec le Franco-suisse Jean-Luc Godard pour Adieu au langage, une oeuvre difficile et expérimentale.

Mis à jour le 25 mai 2014
Dominique AGEORGES AGENCE FRANCE-PRESSE

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Le Festival récompense ainsi du même coup le benjamin et le doyen de la compétition 2014.

C'est la première fois que Cannes accorde un prix à la légende de la nouvelle vague Jean-Luc Godard, 83 ans, qui a refusé de se déplacer sur la Croisette.

«On fait ce métier pour aimer et être aimé en retour. C'est la revanche en quelque sorte de nos amours imaginaires», a déclaré sur scène Xavier Dolan, qui, malgré son jeune âge, est un habitué du Festival de Cannes où il s'est révélé au monde il y a cinq ans avec son premier film.



Acteur, réalisateur, scénariste ou encore monteur, Xavier Dolan avait tout juste 20 ans en 2009 lorsqu'il était venu présenter son premier film sur la Croisette, J'ai tué ma mère, qui abordait déjà le thème des relations fils/mère.

Son cinquième long métrage Mommy raconte l'histoire de Diane, veuve exubérante au langage fleuri, qui hérite de la garde de son fils, un adolescent blond bipolaire, impulsif et violent, après son expulsion d'un centre correctionnel.

Le jeune cinéaste a remercié la présidente du jury, Jane Campion, pour l'avoir inspiré, avant de s'adresser aux jeunes de sa génération.

«La leçon de piano est le premier film que j'ai pu voir (...) Peu de films ont autant influencé ma carrière, et me retrouver ici sur la même scène que vous est quelque chose d'extraordinaire. Vous avez écrit des rôles pour des femmes magnifiques, avec de la volonté, une âme, pas des victimes, pas des objets», a-t-il dit avant que Jane Campion ne vienne l'embrasser.



«Je tiens à remercier les gens de mon âge, de ma génération, a-t-il ajouté, très ému. Accrochons-nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde, nous pouvons faire rire et pleurer les gens, changer les esprits. Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais».

Également primé, Adieu au langage est un film difficile, montage serré de petites scènes où le réalisateur veut dire son refus des propos d'aujourd'hui, dénués de sens selon lui, bien loin du véritable «langage».

Le résultat ne se laisse pas regarder facilement, les courtes saynètes entre une femme et son amant alternant avec des images aux couleurs souvent saturées et ponctuées d'aphorismes en voix off.