Révélé l'an dernier grâce à Bullhead, Matthias Schoenaerts accompagnera demain, à l'occasion de l'ouverture du 18e festival Cinemania, la présentation du film De rouille et d'os, de Jacques Audiard, dans lequel il brille aux côtés de Marion Cotillard.

Marc-André Lussier LA PRESSE

Même s'il comptait déjà plus d'une trentaine de productions cinématographiques et télévisuelles à son actif, parmi lesquelles une participation dans Black Book (Paul Verhoeven), Matthias Schoenaerts a été révélé seulement l'an dernier sur la scène internationale. C'est d'ailleurs grâce à son époustouflante performance dans Bullhead, film belge finaliste dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscars, que l'acteur flamand s'est fait remarquer de Jacques Audiard.

Garder la tête froide

Pour le personnage masculin de De rouille et d'os, qui ouvrira demain le 18e festival Cinemania de Montréal, le réalisateur d'Un prophète avait pourtant songé à faire appel à un non-professionnel. Mais le film de Michael R. Roskam lui a radicalement fait changer d'idée.

L'acteur flamand, qui maîtrise parfaitement le français et l'anglais, fait résolument partie de ces acteurs très physiques qui affichent à la fois charisme, sensibilité et profondeur. Sa partenaire de jeu Marion Cotillard l'inscrit d'emblée parmi les meilleurs acteurs du moment, à classer dans la même catégorie que Leonardo DiCaprio ou Daniel Day-Lewis.

«Quand une actrice de la trempe de Marion Cotillard affirme une chose comme celle-là, c'est évidemment très touchant, a confié Matthias Schoenaerts au cours d'un entretien accordé à La Presse au Festival de Toronto. Ce genre de compliment fait très plaisir, mais il vaut quand même mieux garder la tête froide. Ce ne sont pas ces choses qui aident à faire de vous un meilleur comédien. J'espère surtout ne pas décevoir!»

Dans ce nouveau film de Jacques Audiard, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes plus tôt cette année, Matthias Schoenaerts prête ses traits à Ali, un homme qui tente de survivre avec un jeune fils de 5 ans dans les bras, avec, pour seuls atouts, ses muscles et ses petits emplois précaires.

D'une rencontre fortuite à la sortie d'un bar avec Stéphanie, une dresseuse d'orques (Marion Cotillard), où rien ne s'était passé entre eux (sinon un peu de bienveillance), leur relation emprunte un nouveau virage le jour où la jeune femme redonne enfin de ses nouvelles. Leurs vies ont changé. Particulièrement celle de Stéphanie. Quant à Ali, qui a gagné un temps sa croûte comme videur de bar, il participe désormais à des combats extrêmes organisés de façon clandestine.

Une obsession

Au départ, son agente a parlé à l'acteur de la possibilité d'une audition en évoquant les grandes lignes du scénario.

«Je trouvais l'histoire intéressante, explique-t-il. Quand elle m'a dit que Jacques Audiard était le réalisateur du film, là, ce projet est devenu une obsession pour moi. J'admire les films de Jacques depuis toujours. Son cinéma est intense, très sensible, et très brutal à la fois. Les histoires qu'il raconte sont habituellement plus grandes que nature, mais toujours bien ancrées dans une réalité quotidienne. Quand j'ai finalement reçu le coup de fil quelques mois après avoir passé l'audition, j'ai défoncé la baraque!»

Au programme pour l'acteur: prise de poids, musculation, entraînement de boxe. Cet enfant de la balle (son père Julien était aussi comédien), qui n'a jamais vraiment pensé faire carrière dans le domaine, même le jour où il s'est inscrit à des cours d'art dramatique il y a une quinzaine d'années, est aujourd'hui animé d'un désir très fort d'explorer son art encore davantage.

«Honnêtement, je n'ai jamais pensé en terme de «carrière», dit-il. On s'intéresse à quelque chose, on saute d'un projet à un autre, et un jour, on s'aperçoit qu'on gagne sa vie de cette façon. Évidemment, Bullhead a eu un effet, dans la mesure où l'attention que le film a obtenue sur le plan international fait en sorte que je reçois aujourd'hui plus de scénarios, plus de propositions. Mais mon approche reste la même. J'ai par ailleurs fait pas mal de théâtre et j'espère bien pouvoir y retourner un jour. Il s'agit de mon premier amour.»

Depuis De rouille et d'os, Matthias Schoenaerts a tourné chez lui The Loft, un thriller d'Erik Van Looy, de même que Blood Ties, le remake américain des Liens du sang (Jacques Maillot), réalisé par Guillaume Canet.

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De rouille et d'os ouvre demain le festival Cinemania. En salle au Québec le 14 décembre.