Lancé au festival de Berlin il y a six mois, où il était en lice pour l’Ours d’or, Un été comme ça s’apprête maintenant à gagner nos écrans. Une occasion de faire le point avec Denis Côté, qui en signe le scénario et la réalisation.

Publié le 17 août
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Né tout d’abord d’un questionnement à propos de l’absence de films traitant franchement de sexualité dans le cinéma québécois, Un été comme ça a ensuite évolué vers un projet plus ambitieux. Pour son 14e long métrage, Denis Côté s’est « blindé » de regards de femmes pendant tout le processus, de l’écriture jusqu’au tournage, afin d’offrir une œuvre chaleureuse ne comportant aucun jugement moral, où la sexualité féminine est explorée de façon directe, sans aucune forme d’érotisation.

Larissa Corriveau, Laure Giappiconi et Aude Mathieu incarnent trois jeunes femmes « hypersexuelles » qui, pendant 26 jours dans un endroit retiré dans les Laurentides, participent à une forme d’atelier sous la supervision tranquille de deux professionnels (Anne Ratte-Polle et Samir Guesmi).

Q. Est-ce que l’accueil qu’obtient Un été comme ça depuis la présentation à la Berlinale ressemble à ce que tu attendais ?

J’y vois presque un petit laboratoire social. Depuis le début, je suis curieux de la réaction des gens. Si je prends la période allant de la Berlinale jusqu’à mon tout récent voyage en Europe, où je suis allé présenter le film dans trois pays aux sensibilités différentes, je peux maintenant avoir une meilleure idée. L’échantillon est intéressant en tout cas.

Qu’est-ce que ça te dit ?

Que la réaction des femmes est quasi unanimement positive, et ça, j’en suis vraiment très heureux. Je ne le dis pas de façon désinvolte, mais plutôt parce qu’il ne m’était encore jamais arrivé auparavant, pour aucun de mes films précédents, de recevoir sur Instagram le message d’une inconnue d’Uruguay ou de Pologne qui me remercie en trois paragraphes.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Un été comme ça est le 14long métrage de Denis Côté.

Dans les séances de questions-réponses organisées après les projections, les spectatrices s’expriment en très grande majorité. C’est à elles que le film parle.

Denis Côté, réalisateur

Et que disent les hommes ?

Rien. C’est très mystérieux. Il y a un silence étrange de la part des hommes hétéros. Ils ne parlent pas lors des échanges après les projections, ne cherchent pas à me parler individuellement ensuite, et il s’adonne que les plus mauvaises critiques publiées en France ont été écrites par des hommes. Que dois-je en penser ? Est-ce parce qu’ils ne savent pas comment entrer en conversation avec le film ? Ou est-ce qu’il ne leur parle tout simplement pas parce que trop « féminin » ? Peut-être se gardent-ils aussi une petite gêne très 2022 ? Je ne sais pas. Les membres de la communauté LGBTQ+, eux, trouvent le film super. Ça, ça me plaît. Après, les sensibilités culturelles entrent évidemment en ligne de compte.

C’est-à-dire ?

En faisant la tournée des festivals, je me suis rendu compte que du côté des pays anglo-saxons et des pays scandinaves, c’était carrément silence radio. En revanche, tous les pays d’Amérique du Sud ont voulu présenter le film. En Europe centrale et en Europe de l’Est, c’est aussi dans le tapis. Je ne veux pas faire de généralités, mais il y a des sensibilités culturelles par rapport à l’époque dans laquelle on vit et le sujet du film. Il est certain qu’au départ, quand j’ai commencé à réfléchir à ce que pourrait être Un été comme ça, il y avait un petit côté « défi » à relever.

Par rapport au fait qu’un cinéaste de 48 ans, blanc, hétérosexuel et conscient de ses privilèges [c’est ce que Denis Côté a affirmé en conférence de presse à Berlin] parle de sexualité féminine ?

Non, ça n’a rien à voir. Un artiste aura toujours le droit de s’intéresser à l’autre. Mais il y avait quand même la question du comment. Avant d’écrire une seule ligne, je me suis demandé ce qu’on allait en dire, ou qui allait m’attaquer et pourquoi. Je n’y voyais aucune envie de provocation, mais j’ai souhaité prouver qu’il était possible de faire un film comme celui-là de façon respectueuse et bienveillante.

Tu t’attendais à une polémique ?

On vit à une époque où il faut montrer ses cartes, c’est-à-dire qu’on doit savoir qui est le cinéaste avant de regarder son film. Mais j’aime jouer à ce jeu. J’accueille la conversation, le débat. Je constate cependant qu’Un été comme ça n’est ni choquant ni controversé. J’ai évidemment entendu des phrases laissant entendre le « courage » que j’aurais eu. Je serais un peu triste de penser qu’on puisse trouver courageux le fait qu’un homme fasse un film sur des femmes.

Un été comme ça prendra l’affiche le 19 août.