Neuf ans après The Great Gatsby, le réalisateur de Moulin rouge Baz Luhrmann propose une vision « shakespearienne » de la vie d’Elvis Presley, à travers celle du colonel Parker, célèbre imprésario du King. Mettant en vedette Austin Butler, dont la performance a fait l’unanimité au Festival de Cannes, et Tom Hanks, Elvis fait revivre l’icône sur grand écran.

Publié le 21 juin
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Reconnu pour son approche flamboyante de la mise en scène, grâce à des films comme Strictly Ballroom, Roméo+Juliette et Moulin rouge, Baz Luhrmann fait partie d’une génération ayant davantage grandi au son des tubes de David Bowie, d’Elton John et de Michael Jackson, plutôt que de ceux de l’interprète de Love Me Tender. Pour le cinéaste australien, l’envie de réaliser un long métrage sur la vie d’Elvis Presley provient surtout du caractère exceptionnel des performances de l’artiste sur scène, mais aussi du contexte social dans lequel ce dernier a évolué.

« En spectacle, Elvis était une force de la nature, rappelle Baz Luhrmann au cours d’une rencontre de presse virtuelle à laquelle La Presse a participé. J’ai résisté longtemps à la volonté de raconter sa vie au cinéma, jusqu’à ce que je me rende compte qu’une grande idée méritait d’être explorée à travers lui. Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, il faut remonter aux années 1950, 1960 et 1970. Une soif de renouveau s’est installée à cette époque, laquelle s’est notamment cristallisée en une convergence de différentes cultures dans la musique. Ce qui fait de la vie d’Elvis une tragédie est la façon dont on l’a exploité. »

Amadeus pour modèle

Cogitant ce long métrage depuis cinq ans, le cinéaste a souhaité emprunter une approche « shakespearienne » pour aller au-delà du drame biographique traditionnel. À ses yeux, le plus grand modèle du genre reste Amadeus, chef-d’œuvre que Milos Forman a réalisé il y a près de 40 ans. De la même manière que le réalisateur de Vol au-dessus d’un nid de coucou a raconté, en portant à l’écran la pièce de Peter Schaffer, l’histoire de Mozart à travers la vision de son « rival » Salieri, Baz Luhrmann a choisi de raconter celle d’Elvis Presley (Austin Butler) en empruntant le point de vue du colonel Tom Parker (Tom Hanks). Ce dernier a géré la carrière du chanteur en pressant le citron au maximum.

PHOTO JOEL C RYAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Tom Hanks, Baz Luhrmann et Austin Butler lors de la présentation d’Elvis au Festival de Cannes

« Il y a aussi qu’Elvis était lui-même un homme de peu de mots, précise le cinéaste. Il se révélait plutôt à travers ses chansons et ses actions. Il était également très sensible, très inquiet, mais il explosait sur scène. »

Ayant émergé à une époque où l’Amérique était en pleine ébullition, Elvis Presley peut difficilement être dissocié du contexte politique et social d’un temps où les revendications pour plus de justice sociale, notamment la reconnaissance des droits civiques des Afro-Américains, commençaient à se faire entendre haut et fort.

« La politique n’est pas le sujet du film, mais il est certain qu’elle est toujours là, en filigrane, indique Baz Luhrmann. Il est impossible d’évoquer la vie d’Elvis Presley sans parler de la ségrégation et du racisme. Il était au cœur de cette réalité. En rencontrant des gens qui l’ont connu à Graceland, j’ai pu constater à quel point Elvis était un être spirituel, très attiré par la musique gospel. En peu de temps, il s’est par ailleurs passé des choses tragiques sur le plan politique : les assassinats de John F. Kennedy, Martin Luther King. Robert Kennedy a été assassiné au moment où Elvis tournait l’émission spéciale marquant son grand retour à la musique. »

Austin Butler, atout majeur

Avant tout, Baz Luhrmann a souhaité faire de la vie d’Elvis un grand spectacle cinématographique. Il s’en est pratiquement fait une vocation.

« Je porte en moi une passion du cinéma qui vient de mon enfance, dit-il. J’adore cette idée de réunir des étrangers dans une salle obscure et leur faire partager des émotions communes. Je m’en fais presque une mission, particulièrement avec ce que nous avons vécu au cours des deux dernières années. »

PHOTO FOURNIE PAR WARNER BROS. PICTURES

Austin Butler et Tom Hanks dans Elvis

Conscient que son approche flamboyante ne peut pas toujours faire l’unanimité (les critiques au lendemain du lancement d’Elvis au Festival de Cannes ont été plutôt mitigées), le cinéaste est en tout cas certain d’un atout majeur : Austin Butler.

« Quand j’ai rencontré Austin pour la première fois, il vivait déjà avec Elvis dans sa tête depuis un bon moment. Au point où j’ai du mal à dire aujourd’hui si c’est vraiment moi qui l’ai choisi. C’est aussi grand que ça. J’ai fait avec lui tous les essais possibles et imaginables. Tout le monde aura son opinion à propos de ce film et il ne me revient pas d’en exprimer une, mais je peux en revanche affirmer sans ambages que la performance d’Austin est impressionnante. »

Pour les nouvelles générations

Le cinéaste sait également très bien qu’en portant à l’écran la vie d’une icône occupant toujours une telle importance dans l’imaginaire collectif américain, même 45 ans après sa mort, il s’expose aux doléances des admirateurs purs et durs d’Elvis Presley.

« Je comprends les émotions des admirateurs d’Elvis. Il a ouvert tant de portes que je me suis donné comme mandat de raconter son histoire et celle du colonel Parker aux nouvelles générations. Mais je n’ai pas fait ce film pour leur dire qu’ils devraient l’aimer autant que leurs aînés. »

Elvis prendra l’affiche le 24 juin.

Relisez notre texte « Austin Butler : Une obsession nommée Elvis »