Quoi de mieux qu’un film d’époque à grand déploiement sur la construction de la tour Eiffel pour nous donner envie d’aller au cinéma et pour nous transporter à Paris ? Entrevues avec le réalisateur du film Eiffel, Martin Bourboulon, l’acteur Romain Duris, qui devient Gustave Eiffel, ainsi qu’Emma Mackey, qui incarne celle sans qui le symbole par excellence de Paris n’aurait peut-être jamais existé…

Publié le 22 avril
Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Romain Duris est connu pour ses rôles dans L’auberge espagnole et De battre mon cœur s’est arrêté, mais ceux qui le suivent sur Instagram savent qu’il mène aussi une carrière comme illustrateur. « C’est du dessin libre, précise-t-il. Sans calcul. »

Si Romain Duris dit avoir un esprit beaucoup moins cartésien que celui de Gustave Eiffel, il souligne que son père était ingénieur civil et architecte. Dans une scène du film Eiffel, son personnage lance par ailleurs que les ingénieurs aussi ont le droit « de faire du beau ».

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Romain Duris dans Eiffel

« L’utile ne doit pas nous séparer du beau », renchérit Romain Duris en entrevue virtuelle, avec Emma Mackey, assise à son côté. Soulignons toutefois que nous avons pris part à la ronde d’entrevues avec les deux acteurs, et le réalisateur Martin Bourboulon, il y a près d’un an déjà, car la sortie d’Eiffel a été maintes fois reportée en raison de la pandémie.

Ceux qui ont regardé la série de Netflix Sex Education mettront du temps à reconnaître Emma Mackey sans le look grunge de son personnage Maeve.

Il faut savoir que l’actrice est née en France et qu’elle maîtrise donc la langue de Molière. Son rôle est pivot dans le scénario d’Eiffel, et c’est lui qui fait du film une « fiction librement inspirée de faits réels ».

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Pourquoi Gustave Eiffel change-t-il d’avis et accepte-t-il finalement de construire la tour Eiffel à la demande du gouvernement français ? Le film fait l’hypothèse que c’est à cause d’un amour de jeunesse qui refait surface.

Les faits ? Adrienne Bourgès a bel et bien existé. Elle et Gustave Eiffel se sont aimés et ils devaient même se marier en 1860.

La fiction et le cœur du film ? Adrienne croise Gustave Eiffel deux décennies plus tard, et cela pousse ce dernier à concevoir et ériger la tour Eiffel pour l’Exposition universelle de 1889 à Paris après qu’il a pourtant refusé. Il vient alors de participer à la construction de la statue de la Liberté et le gouvernement français lui met de la pression. « Pour nous, il n’y a qu’une seule explication possible à ce revirement de situation », expose le réalisateur Martin Bourboulon.

Eiffel aurait changé d’avis après avoir revu la femme qu’il a tant aimée quand il était plus jeune. « C’est là que le cinéma intervient sous forme d’hypothèse et de romance », indique le cinéaste à qui l’on doit les films Papa ou maman et Papa ou maman 2.

« Comment un ingénieur qui n’a peur de rien et qui construit un bâtiment de 300 mètres mesure si peu de centimètres devant une femme qui renverse ses émotions ? Ce contraste-là m’a plu dès le départ », soutient Romain Duris.

Une femme derrière la tour

Les Français et les habitués de Paris tiennent sans doute trop pour acquise la tour Eiffel. « Comme beaucoup de gens, je ne savais rien de la tour Eiffel sauf qu’elle avait été construite pour l’Exposition, confesse Emma Mackey. Le film nous permet de découvrir tout le travail qu’il y a eu en amont. »

« Je ne savais pas qu’elle était rouge à la base », renchérit Romain Duris, qui a été aussi surpris d’apprendre qu’Eiffel ne voulait pas associer son nom à la tour métallique au départ.

À l’image du projet de la tour Eiffel, qui était, dixit Duris, « inimaginable, infaisable et un peu fou », le film de Martin Bourboulon est une superproduction qui a mis du temps à être tournée.

La première mouture du scénario date de 22 ans. Les noms des comédiens Liam Neeson, Gérard Depardieu, Isabelle Adjani et du réalisateur Ridley Scott ont même été associés au projet.

Le réalisateur ajoute qu’une femme est à la base du scénario, soit Caroline Bongrand, qui a tenté de monter ce projet durant toutes ces années. Quand Martin Bourboulon a été attaché au projet en 2017, il a rapidement confié le rôle à Romain Duris. Il y a eu des effets spéciaux, souligne-t-il, mais un pied de la tour Eiffel a carrément été reproduit et construit pour les besoins du tournage.

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Romain Duris accrochée au pied de la tour Eiffel reproduit pour le tournage

Le rôle majeur du personnage d’Adrienne dans l’histoire confère une touche féministe à un film qui relate une époque où l’histoire avec un grand « H » était essentiellement celle des hommes. « Elle n’est pas juste la muse », souligne Emma Mackey.

Martin Bourboulon dit avoir été charmé par l’idée que « sans une femme, la tour Eiffel n’aurait jamais été la même ». Raconter seulement le défi de construction aurait été trop documentaire, plaide-t-il. « On voulait absolument que le personnage féminin soit fort et soit un moteur par rapport au récit et à la dramaturgie de l’histoire. »

Le film se déroule sur deux époques : quand Eiffel et Adrienne se rencontrent pour la première fois en 1860, puis environ 25 ans plus tard, quand ils se croisent avant la construction de la tour Eiffel et après celle de la statue de la Liberté. Or, la deuxième partie a été tournée avant la première (et a été séparée par le premier confinement).

Romain Duris a aimé incarner Eiffel jeune, ne serait-ce que pour le jeu. « Un jeu fougueux et dynamique avec des pas plus légers. »

Pour lui, qui a déjà interprété Molière, est-il intimidant d’incarner des personnages historiques ? « C’est de les comprendre dans notre époque, nuance-t-il. Je joue Gustave Eiffel dans un film de 2020. Qu’est-ce qui fait écho dans ce personnage aujourd’hui ? »

Soulignons que Martin Bourboulon planche sur une adaptation des Trois mousquetaires avec Romain Duris, Vincent Cassel, Pio Marmaï et Eva Green.

« Il faut du risque dans ce qu’on fait », plaide Romain Duris, qui rappelle qu’Eiffel a risqué sa fortune et sa réputation avec la tour Eiffel, ce que le film expose très bien.

Eiffel sera présenté en salle à partir du 29 avril.