Dans Oxygène, le thriller anxiogène d’Alexandre Aja, Mélanie Laurent offre une performance d’actrice éblouissante, dans un contexte où le mot « confinement » prend son sens le plus terrifiant. Alors qu’elle tourne actuellement un nouveau film sous la direction du cinéaste québécois Christian Duguay, la comédienne évoque cette expérience à nulle autre pareille.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Elle est toute seule. Comme le personnage qu’elle incarne. Pendant toute la durée du film, mis à part quelques rares — et courtes — escapades dans les méandres du passé, Mélanie Laurent occupe l’écran en solitaire, avec, pour uniques partenaires, une voix d’ordinateur (celle de Mathieu Amalric), et un appareillage technique qui, parfois, s’emballe.

Oxygène est la nouvelle offrande d’Alexandre Aja (Piranha 3D, Crawl), un cinéaste français spécialisé dans les films d’horreur qui, en portant à l’écran le scénario original de Christie LeBlanc, signe son premier long métrage en français depuis Haute tension, lequel a établi sa réputation en 2003. L’histoire est simple : une femme se réveille de façon imprévue dans le caisson cryogénique où elle repose. Où est ce caisson ? Depuis combien de temps ? Et pourquoi y est-elle enfermée ? Autant de questions que se pose cette femme dont la mémoire est effacée, et qui, apprend-elle, fait face à une mort certaine si elle ne parvient pas à sortir de cette espèce de cercueil futuriste où la réserve d’oxygène se vide à une vitesse folle. Inutile de dire qu’Oxygène est l’un des thrillers les plus anxiogènes que vous verrez cette année.

« Quand on vous parle d’un projet de film d’Alexandre Aja, vous êtes forcément un peu inquiet ! lance l’actrice en riant au cours d’un entretien accordé à La Presse mardi. Avant même de lire quoi que ce soit, j’ai eu peur. J’avais d’ailleurs dit à mon agente être incapable de lire un scénario de film d’horreur sans faire de cauchemars. Elle m’a répondu qu’Oxygène n’était pas un film d’horreur pur, plutôt de la science-fiction, avec, quand même, des éléments d’enfermement. Comme je ne suis pas claustrophobe dans la vie, j’ai lu le scénario jusqu’au bout. J’ai beaucoup pleuré en le lisant, ce qui est toujours un bon signe ! »

PHOTO SHANNA BESSON, FOURNIE PAR NETFLIX

Le caisson dans lequel le personnage d’Oxygène est coincé était de dimension réelle sur le plateau de tournage.

« Un cadeau absolu »

Révélée grâce à Je vais bien, ne t’en fais pas, le film de Philippe Lioret qui lui a valu le César du meilleur espoir féminin, consacrée ensuite grâce à Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, et Le concert, de Radu Mihaileanu, Mélanie Laurent a finalement vu dans le rôle que lui a offert Alexandre Aja tout ce dont elle rêvait.

« À ce moment de ma vie et de ma carrière, je le prends comme un cadeau absolu. On m’a donné l’occasion de jouer toute une gamme d’émotions et d’être mise au défi. À 38 ans, j’ai trouvé merveilleux de ressentir le trac à nouveau, de ne pas être certaine de pouvoir y arriver, d’avoir autant de choses incroyables à jouer. »

Et puis, ce personnage est extrêmement émouvant. J’étais complètement attachée à cette femme qui essaie de comprendre ce qui lui arrive et qui doit se battre contre la mort. Ça m’a bouleversée.

Mélanie Laurent

Au défi d’actrice s’est aussi ajouté une autre sorte de défi, physique celui-là. Bien qu’elle doive jouer allongée pendant toute l’histoire du film, Mélanie Laurent a dû s’astreindre à un entraînement intensif avant le tournage. Dans son île de Bretagne, avec deux entraîneurs ayant travaillé avec le Cirque du Soleil, celle qui compte aussi quelques longs métrages à son actif en tant que réalisatrice, parmi lesquels le documentaire Demain (coréalisé avec Cyril Dion), a suivi un programme quotidien de deux à trois heures pendant un mois.

« C’était comme si j’avais besoin de faire le plein de grands espaces, de respirer, de prendre des photos que j’allais ensuite apporter dans ma boîte, explique-t-elle. Et puis, même si je suis coincée dans un caisson, il faut quand même que je me contorsionne de partout dans certaines scènes. Pour ne pas me blesser ou me faire mal, il me fallait être très en forme. L’entraînement physique a aidé l’entraînement mental, en fait. »

PHOTO SHANNA BESSON, FOURNIE PAR NETFLIX

Mélanie Laurent avec le réalisateur Alexandre Aja pendant le tournage d’Oxygène

Comme des vacances !

Parce que, oui, même s’il s’agit d’un décor de cinéma, le caisson dans lequel le personnage se trouve était de dimension réelle. L’actrice y a pratiquement vécu pendant un mois de sa vie.

« J’étais câblée de l’intérieur avec très peu de possibilités pour sortir. Chaque fois qu’il le fallait, il fallait 20 minutes pour m’en extirper et 20 minutes de plus pour m’y replacer. J’ai été un peu condamnée à rester allongée toute la journée. Je suis finalement passée de la bulle du premier confinement à cette autre bulle, où j’étais quand même assez forte dans ma tête pour pouvoir passer des heures à attendre. J’avoue apprécier ces moments où l’on attend sur un plateau, d’ailleurs. J’adore regarder la technique, j’adore aussi ces moments où l’on peut penser à autre chose. Ça devient presque de la méditation. À vrai dire, travailler sur un film où je suis seulement actrice, c’est comme des vacances ! »

Mélanie Laurent a aussi beaucoup aimé la promesse que lui a faite Alexandre Aja, d’autant plus qu’il l’a tenue : il a fait très peu de prises.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Le personnage qu’incarne Mélanie Laurent dans Oxygène vit des émotions très intenses…

L’actrice a ainsi pu se laisser aller dans l’émotion et tout donner, sans crainte. Elle considère aussi le fait d’avoir tourné toutes les scènes dans l’ordre chronologique — chose très rare sur un tournage — comme un grand luxe.

« Alexandre ne pouvait pas venir me voir et je ne pouvais pas le voir moi non plus tout le temps. J’avais une oreillette, dans laquelle j’entendais la voix de M.I.L.O. [l’ordinateur] qui, pendant le tournage, était celle de mon meilleur ami, et aussi celle d’Alexandre qui, parfois, me donnait des indications pendant la prise. Il a beaucoup partagé avec moi ce qu’il faisait sur le plan technique. J’aime beaucoup cet aspect des choses, car depuis que je réalise moi-même des films, les cinéastes n’hésitent pas à me parler de leurs idées de mise en scène, dès qu’ils comprennent que je serai toujours un bon soldat et que jamais je ne me permettrais en tant qu’actrice de m’immiscer dans leur travail. »

Un film jeunesse avec Christian Duguay

Mélanie Laurent tourne actuellement — pour encore quelques jours — Tempête, l’adaptation cinématographique du roman jeunesse de Christophe Donner, Tempête au haras. Elle y donne la réplique à Pio Marmaï, sous la direction du cinéaste québécois Christian Duguay. Ce dernier a beaucoup travaillé en France au cours de la dernière décennie, réalisant notamment Jappeloup, Belle et Sébastien, l’aventure continue et Un sac de billes.

« Le scénario m’a beaucoup émue. Et puis, j’ai joué dans Mia et le lion blanc [Gilles de Maistre] il y a trois ans. J’ai alors pu comprendre ce que c’était de jouer dans un film qui plaît aux enfants, de pouvoir aller au cinéma avec mon fils. Et puis, j’adore travailler avec Christian. Je suis même triste que le tournage se termine », dit celle qui affirme aimer brouiller les pistes et prêter son talent à des productions de tous genres.

« Dès qu’on me propose un film, je me dis que c’est un cadeau. Et dès que je le termine, je me dis que j’ai eu de la chance. J’ai toujours exercé ce métier avec passion et les seuls moments que j’ai trouvés plus durs sont ceux où j’ai dû travailler avec des gens qui ne sont pas passionnés par ce qu’ils font, qui donnent l’impression que ce métier est difficile, alors que les vraies difficultés que vivent les gens dans la vie n’ont évidemment rien à voir. J’ai plutôt l’impression de vivre dans un conte de fées depuis des années. J’essaie de ne pas me réveiller ! »

Oxygène est offert en exclusivité sur Netflix dès ce mercredi.