On a vu beaucoup (trop) d’images de civières entrant aux urgences depuis un an. Bien peu de l’autre côté des fameuses portes battantes. Au-delà des soins intensifs, sur les différents étages, dans les couloirs et autres laboratoires des différents hôpitaux, que s’est-il vraiment passé ? Un documentaire inédit lève le voile sur les coulisses de la pandémie. Bienvenue dans la fourmilière.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ou l’armée. Ou carrément le fier bataillon. La grande bataille, offert dès ce lundi sur ICI TOU.TV et diffusé mercredi soir sur ICI Radio-Canada Télé, dresse en effet un portrait de la pandémie un brin plus lumineux que ceux auxquels on nous a habitués jusqu’ici. Oubliez les images déchirantes de personnes âgées intubées et autres préposés épuisés. Bien sûr, la fatigue est palpable. Le stress, omniprésent. Mais le propos est ailleurs : « Moi, mon année 2020, ç'a été des montagnes russes d’émotions », « une occasion d’apprendre beaucoup de choses », « une expérience globalement positive (que je n’ai pas besoin de revivre une deuxième fois) ». Avouez que ça détonne.

C’est sur ces témoignages inusités de travailleurs de la santé variés que débute donc le récit, sorte de rétrospective de la dernière année (à la fois unique, et surtout historique), vue de l’intérieur, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). L’envers du sarrau, si vous voulez. Il faut savoir que les images ont été tournées par le CHUM lui-même, dès le tout début de la pandémie, au mois de mars. Par souci historique, pour documenter l’année, bref, pour le « devoir de mémoire ». Le tout, plus de 100 heures au total, a ensuite été livré à Zone 3, qui en a produit un documentaire unique, de par son contenu, mais aussi de par le procédé de sa réalisation.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Myriam Larouche, réalisatrice de La grande bataille

Normalement, on part avec une idée, on fait un scénario, des pré-entrevues, puis on filme. Là, on a fait complètement l’inverse.

Myriam Larouche, réalisatrice

Avec son équipe, la réalisatrice Myriam Larouche a donc commencé par visionner les dizaines d’heures d’images du CHUM, pour en dégager ensuite un scénario. Et ce, alors que le contenu continuait de rentrer, bilan annuel oblige. La toute dernière scène du film (une sortie d’hôpital d’un souriant rescapé, sous les applaudissements de l’équipe médicale), limite trop belle pour être vraie, est carrément entrée deux semaines avant la livraison du produit fini.

Si, par moments, le tout pourrait passer pour un exercice de relations publiques, la réalisatrice affirme s’être assurée qu’il n’en soit rien. « Moi, je voulais m’assurer que ce n’était pas ça, confirme-t-elle. Zéro ça. Oui, le CHUM a documenté le tout, mais mis à part l’emplacement [un hôpital flambant neuf], c’est le travail de chaque personne qui est ici célébré, et non comment le CHUM a géré. »

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Scène du documentaire La grande bataille

D’ailleurs, si, a priori, Myriam Larouche pensait dégager quelques personnages principaux du récit (« l’approche classique »), elle a vite compris que c’était impossible dans ce cas-ci. Pourquoi ? Parce que l’histoire est ailleurs. « L’histoire, ce n’est pas quatre personnes », explique-t-elle. Et c’est là le clou. « C’est chaque personne de tous les départements de l’hôpital. » Du troisième sous-sol à la désinfection, au dernier étage en laboratoire, en passant par l’inhalothérapeute, l’urgentologue et même un garde de sécurité.

Chaque personne s’est mobilisée. Chaque personne était heureuse, malgré tout le stress et toute l’anxiété. Chaque personne était heureuse de travailler en équipe, avec l’information qui entrait au fur et à mesure.

Myriam Larouche, réalisatrice

Et la « grande bataille », c’est ça : ce travail d’équipe là, cette coopération inédite, d’une véritable « armée » en réaction et en adaptation constante.

Une bataille plutôt éloignée de celle qu’on nous a présentée toute l’année lors des différents bulletins de télé. Oubliez aussi ici les patients (très peu nombreux à l’écran, d’ailleurs) et habituels intervenants. « Ce qu’on a vu à la télé, indique la réalisatrice, ça a pas mal été toujours les mêmes médecins, des images aux soins intensifs, etc. Mais on ne savait pas trop ce qui se passait ailleurs. »

Ailleurs, comme quand on nous annonçait en conférence de presse qu’il risquait de manquer de masques pour les travailleurs essentiels, par exemple. Comment, concrètement, s’adaptaient les hôpitaux ? Vous le saurez ici. Comment se passait la désinfection sur le terrain ? Idem. L’art de se « revirer de bord », comme on dit. « Sur un 10 cennes », précise la réalisatrice. Le film est d’ailleurs construit chronologiquement, ponctué par la voix hors champ du premier ministre, en conférence de presse.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Scène du documentaire La grande bataille

Vous vous en souvenez ? C’était tout dernièrement : « Cela va faire 11 mois que les infirmières et tout le personnel de la santé sont au front… », nous disait-on. Sur les étages, comment se porte tout ce personnel ? « C’est mentalement difficile et stressant, mais il y a quelque chose de plus fort qui les drive, constate Myriam Larouche. Ils sont là parce qu’ils ont la vocation. C’est impressionnant. Je suis impressionnée. » Ce qui, en fin de compte, permet de dresser un portrait effectivement positif. « Et de voir un peu de lumière dans cette pandémie, conclut-elle. C’est important d’offrir aussi un autre récit. Montrer quelque chose qu’on n’a pas vu. C’est de l’inédit. […] Et je suis honorée d’avoir pu mettre en lumière ceux qui sauvent des vies. »

La grande bataille : un an de mobilisation au CHUM, sera mis en ligne ce lundi sur ICI Tou.TV, puis diffusé sur ICI TÉLÉ, le mercredi 17 mars à 21 h.