Sundance, festival consacré au cinéma indépendant, s’amorce ce jeudi. Parmi les Québécois présents, on retrouve Annie St-Pierre et son court métrage de fiction Les grandes claques, histoire de Noël enrobée de malaises et riche en leçons de vie. La Presse s’est entretenue avec cette cinéaste touche-à-tout.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Les grandes claques, deuxième court métrage de fiction d’Annie St-Pierre, est un film fait de douces cruautés. C’est elle qui le dit avec sa voix bienveillante et assurée. Bienveillante, parce qu’Annie St-Pierre défend en riant l’idée que les douces cruautés ne sont pas que des freins à l’existence — bien au contraire ! Elles peuvent nous propulser vers l’avant, croit-elle.

C’est le cas dans son film d’une vingtaine de minutes mettant en vedette Steve Laplante dans le rôle de Denis, père de deux jeunes enfants qu’il doit récupérer chez son ex-conjointe à quelques heures du réveillon de Noël.

PHOTO FOURNIE PAR H264/SUNDANCE

Lilou Roy-Lanouette dans Les grandes claques

Cramponné dernière le volant de sa voiture, Denis a bien sûr le goût de voir ses enfants. Mais en même temps, il rêve d’être ailleurs. Il n’a pas envie de voir son ex (incarnée par Larissa Corriveau), encore moins le nouveau conjoint de cette dernière et son ancienne belle-famille. Ce qu’il vit est à la hauteur de ses pires appréhensions ! Heureusement, dans un acte digne des meilleurs coming of age movies (films sur le passage à l’âge adulte), sa fille aînée, Julie (formidable Lilou Roy-Lanouette), vient sauver son Noël boueux.

« Les douces cruautés de mon film donnent le ton aux relations familiales, nous dit la cinéaste en entrevue. En même temps, elles nous font évoluer. Le parcours des deux personnages centraux les pousse à se rapprocher et à se comprendre. En campant l’histoire dans le temps de Noël, j’ai voulu créer une opposition entre cette magie, cette féerie qu’on veut créer pour les enfants, et la réalité, qui est autre. Tout à coup, Julie, enfant de parents divorcés, doit voir la réalité comme un adulte. »

Sans entrer dans le détail, la réalisatrice reconnaît la part autobiographique de l’histoire. C’est sa façon à elle d’utiliser la mémoire comme vecteur d’émotions. « On peut retenir de biographique l’état par lequel les personnages sont passés, fait-elle savoir. Mais le contexte exact, je ne l’ai pas vécu. En fait, j’aime aborder la fiction un peu comme la mémoire. On ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. On se souvient seulement d’une émotion demeurée vive et on développe une histoire autour de ça. »

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Steve Laplante incarne Denis, père séparé empli de désespoir à l’idée d’aller chercher ses enfants chez son ex la veille de Noël.

Steve Laplante a remarqué l’aplomb avec lequel Annie St-Pierre a mené sa barque. « Elle savait où elle s’en allait avec son projet. Ça paraissait qu’elle avait écrit son scénario. C’était très précis. Tu sentais exactement ce qu’elle avait en tête, dit-il dans une entrevue séparée. Je m’attendais à ce que le film soit plus comique, alors que c’est triste, pathétique, assez mélancolique. Mais c’est cela qui en fait la force. »

Près de ses racines

Rendue à mi-carrière, Annie St-Pierre place la réalisation au centre de son travail, au demeurant très varié. La jeune femme compte trois longs métrages documentaires et des films du genre making of à son actif. Tourné entièrement en mandarin, son premier court de fiction, film de quatre minutes consacré à Jean-Marc Vallée pour les Prix du Gouverneur général, est à mourir de rire.

> Voyez le court métrage sur le site de l’ONF

En plus de produire des films (les deux plus récents de Denis Côté) et de jouer un peu (dans les films de Matthew Rankin), la cinéaste est directrice de casting, directrice photo et conseillère à la réalisation. Un peu comme Fermières, son documentaire consacré aux Cercles de fermières du Québec, Les grandes claques présente un climat suranné, vieillot. Est-elle une nostalgique ?

« Mes racines m’habitent énormément », dit la cinéaste originaire de Saint-Pascal-de-Kamouraska. « C’est un monde qui continue à vivre dans mon imaginaire et qui ressort dans mes films. Je n’ai pas envie d’en faire l’apologie, mais c’est un lieu qui me fascine et que je trouve terriblement poétique. »

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Annie St-Pierre en une de l’hebdomadaire Infodimanche

Visiblement, sa région natale ne l’a pas oubliée, car elle a fait la une d’un récent numéro de l’hebdomadaire Infodimanche, qui couvre les nouvelles du Bas-Saint-Laurent.

À Sundance, son film est inscrit en compétition internationale des courts métrages sous le titre magique de Like the Ones I Used to Know, savant renvoi à la chanson White Christmas et à la filiation.

Les grandes claques fera son entrée québécoise au festival Regard sur le court métrage au Saguenay en juin prochain. Il sera aussi à Clermont-Ferrand dans quelques jours et dans au moins un autre festival très couru, dont l’annonce sera faite sous peu.

Annie St-Pierre poursuit son travail de création en écrivant les scénarios de deux longs métrages de fiction et d’un long métrage documentaire sur les coachs de vie.