Le rire, troisième long métrage du réalisateur Martin Laroche, repose sur les épaules de Léane Labrèche-Dor. Entrevue avec une actrice qui aime brouiller les codes. Et avec un réalisateur qui veut surprendre le spectateur dans l’émotion.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« C’était inattendu, mais ce n’était pas inespéré », dit Léane Labrèche-Dor pour décrire dans quelles circonstances elle a obtenu le premier rôle du film Le rire.

L’actrice pressentie est tombée enceinte et a dû se désister, car sa grossesse aurait été à terme en plein tournage.

La productrice Fanny-Laure Malo, qui avait été émue par Léane Labrèche-Dor au théâtre, a insisté pour qu’elle soit conviée en audition.

« Ce n’était peut-être pas un choix naturel pour Martin Laroche », souligne Léane Labrèche-Dor. Or, c’est elle que le réalisateur a finalement choisie pour incarner le personnage de Valérie et donner la réplique à Micheline Lanctôt et Alexandre Landry.

Valérie a survécu à une guerre civile, mais pas son amoureux. Des années plus tard, elle a refait sa vie. Elle travaille dans un CHSLD où elle a développé une grande complicité avec une patiente — au sens de l’humour cynique — passionnée de littérature.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La comédienne Léane Labrèche-Dor

Pour Léane Labrèche-Dor, Valérie représentait un personnage parfait pour changer de casting, ou plutôt pour montrer comment elle peut « jouer avec les codes ».

« Cela faisait longtemps que je voulais revirer mon bateau qui était très étiqueté comique, raconte-t-elle. La télé a fait cela même si j’ai toujours fait autre chose au théâtre. »

Par son titre et son sujet — comment réapprendre à être heureux après une tragédie —, Le rire était un terrain de jeu idéal pour Léane Labrèche-Dor. « Je m’estime très chanceuse d’avoir eu ce rôle. »

Ruptures de ton

Léane Labrèche-Dor a lu le scénario d’un trait, « comme un bon livre ». Elle a aimé son côté « étrange à la David Lynch ».

Dans cette comédie dramatique — qui emprunte aussi au surréalisme —, l’actrice joue des scènes de drame, de comédie, d’action et même de stand-up. Des scènes émotives de longs dialogues, de nudité, de couple et un monologue… « Pour le nombre de scènes insignifiantes qu’on peut jouer dans une vie, c’était super de pouvoir jouer tout cela, lance-t-elle. Et c’était tout en nuances. »

C’est une chose d’incarner un personnage qui vit avec le syndrome du survivant. C’en est une autre de le faire dans un film aux multiples ruptures de ton. « Nous avons fait beaucoup de répétitions avant, si bien que durant le tournage, nous savions toujours où nous allions », souligne Léane Labrèche-Dor.

Adaptation de Brooklyn Nine-Nine

Au moment de l’entrevue, Léane Labrèche-Dor arbore une chevelure rousse. C’est pour son personnage dans l’adaptation de Brooklyn Nine-Nine, précise-t-elle. « J’ai pris une journée de congé du tournage à Québec. »

Le tournage ? « Super allumant et dans la création », répond-elle avec enthousiasme.

Son amoureux Mickaël Gouin y incarne l’un des personnages principaux, alors que Patrick Huard est derrière la caméra. « Il dirige vraiment bien le bateau et il est très généreux. Je suis très impressionnée. »

Sinon, Léane Labrèche-Dor écrit pour elle et pour d’autres. « Un film et une série, mais c’est embryonnaire », précise-t-elle. En novembre, l’actrice remontera aussi sur les planches du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui pour les supplémentaires de la pièce Lignes de fuite.

Comme Anne-Élisabeth Bossé, Florence Longpré et même Phoebe Waller-Bridge, Léane Labrèche-Dor a plusieurs cordes à son arc.

Elle aime les rôles et les fictions qui brouillent les codes du drame et de l’humour.

« L’humour est un grand signe d’intelligence », rappelle-t-elle.

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Le réalisateur Martin Laroche

Pourquoi se priver ?

Avec Le rire, Martin Laroche réalise son troisième long métrage, après Tadoussac et Les manèges humains.

Pour la troisième fois, son personnage principal est féminin et vit avec un lourd passé. Ce n’est pas un hasard, mais presque une mission… « Souvent, les personnages féminins m’énervent au cinéma, car ils sont trop peu développés », dit-il.

Outre le personnage féminin de Léane Labrèche-Dor (« un immense coup de cœur »), d’autres sont incarnés par des actrices de renom, dont Sylvie Drapeau (« un fantasme de réalisateur »), Micheline Lanctôt, Catherine Proulx-Lemay, Sophie Clément, Christine Beaulieu et Évelyne de la Chenelière.

« Un casting de rêve. Personne n’a dit non. »

Martin Laroche a tourné Les manèges humains et Tadoussac avec peu de moyens. Pour Le rire, il a eu droit à un budget de 2,7 millions. Mais il lui a fallu faire quatre dépôts à la SODEC.

Mes deux autres films étaient très restrictifs côté style. Là, on blaguait qu’on pouvait sortir le trépied du char.

Le réalisateur Martin Laroche

Martin Laroche a profité de toutes les possibilités qui s’ouvraient à lui. Sans trop en dévoiler, disons que le film — aux élans surréalistes — s’ouvre sous le signe de la danse. Il y a une scène de guerre dans une fosse de terre. Une scène de bain dans un CHSLD. « J’avais le goût de ne pas me priver. Et de surprendre dans l’émotion. »

Le rire se veut un film « poétique » et « philosophique », qui oscille entre le dramatique et le comique. « L’une des grandes beautés du rire est quand il peut s’exprimer malgré tout », raconte le réalisateur.

Le rire est aussi le titre d’un essai philosophique sur l’humour publié en 1900 par Henri Bergson. « Il dit que le rire est une distance émotive », souligne Martin Laroche. Il y a de la résilience dans le rire, mais une personne qui l’exprime après un deuil peut se sentir coupable.

Martin Laroche espère que sa proposition n’est pas trop « radicale » et qu’elle sera reçue « dans l’émotion ». « Il en faut, des films où le spectateur n’a pas toutes les explications », plaide-t-il.

Le rire prend l’affiche le 31 janvier.