En octobre, l’acteur et musicien Jamie Foxx a perdu sa sœur cadette, DeOndra Dixon, dont il était très proche. Atteinte de trisomie 21 et animée d’une immense joie de vivre, elle lui rappelait constamment l’importance des petites choses. Ce même message, que livre le film d’animation Soul, le touche beaucoup, a-t-il révélé lors d’une conférence de presse virtuelle.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Il faut vivre sa vie pleinement et ne pas la gaspiller », a précisé Jamie Foxx, qui prête sa voix au personnage principal de Soul (Âme), Joe Gardner. Passionné de jazz, celui-ci enseigne la musique par défaut, en attendant d’accomplir ce qu’il aime vraiment : se produire sur scène. À la suite d’un accident bête, il est catapulté dans l’au-delà alors qu’il est sur le point de réaliser son rêve. C’est le début d’une folle aventure qui l’amènera à remettre en question ses convictions les plus profondes.

« Le film nous amène à réfléchir », a souligné l’actrice et humoriste Tina Fey, lors d’une seconde conférence de presse, qui l’a réunie à distance avec Phylicia Rashad et Angela Bassett. Toutes trois ont contribué à façonner des personnages déterminants dans la destinée de Joe Gardner : sa mère, Libba (Phylicia Rashad), Dorothea Williams, étoile du jazz qui offre au pianiste sa première vraie chance de briller (Angela Bassett), et l’âme appelée 22, qui retarde depuis des siècles le moment d’aller sur terre (Tina Fey). Par un concours de circonstances, Joe Gardner devient le mentor de cette dernière. Chacun apprendra de l’autre ce qui compte vraiment.

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Cette esquisse présente Joe Gardner dans sa classe de musique, avec ses élèves. Passionné de jazz, il enseigne la musique par défaut, en attendant d’accomplir ce qu’il aime vraiment : se produire sur scène.

« Le film ne se limite pas à dire qu’il faut trouver sa passion dans la vie, précise Tina Fey. Il soulève aussi l’idée que toute passion débordante peut prendre le dessus. Être présent est aussi important qu’accomplir ses buts. C’est particulièrement pertinent en cette fin de 2020, où on évalue quel genre d’année on a eu et où la notion de succès prend une nouvelle dimension. »

Questions existentielles

« Le point de départ du film est très personnel, a expliqué le réalisateur et coscénariste, Pete Docter. Je me demandais ce que j’étais censé faire de ma vie et en quoi consistait le monde tout autour. »

Il se posait ces questions (et bien d’autres) après avoir réalisé le film Inside Out (Sens dessus dessous), en 2015. Troisième animateur engagé par le studio d’animation Pixar en 1990, à l’âge de 21 ans, il avait auparavant réalisé Monsters, Inc. (Monstres, inc.), en 2001, et Up (Là-haut), en 2009. Il a eu envie d’entraîner le public dans sa quête existentielle.

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Le point de départ du film Soul (Âme) est très personnel, a expliqué le réalisateur et coscénariste, Pete Docter. Il y a cinq ans, après avoir réalisé Inside Out (Sens dessus dessous), il s’est demandé ce qu’il était censé faire de sa vie et en quoi consistait le monde autour de lui.

Il fallait que le personnage principal soit attirant et que les gens veuillent qu’il réussisse Il fallait qu’il ait une véritable passion et que ce soit fascinant de le voir aller. Le jazz avait du sens, parce que ce n’est pas quelque chose que les gens font pour l’argent. Quand on les voit improviser, c’est magique.

Pete Docter

Il est devenu évident que le personnage principal du 23e film d’animation de Pixar devait provenir de la culture qui a donné naissance à cette forme d’art. Il devait être afro-américain. Comme il s’agissait de la première fois que le studio mettait de l’avant la communauté afro-américaine dans un de ses films, la productrice Dana Murray a cherché à la représenter le plus fidèlement possible en assemblant de nombreux groupes de consultants et en faisant appel à des experts de renom.

« Il faut évidemment souligner l’apport de Jon Batiste, a précisé Mme Murray. C’est son orchestration que l’on entend tout au long du film et ce sont ses mains que l’on voit quand Joe joue du piano. »

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La productrice Dana Murray a cherché à représenter la communauté afro-américaine le plus fidèlement possible en assemblant de nombreux groupes de consultants et en faisant appel à des experts de renom. Des animateurs afro-américains de Pixar ont aussi été réunis au sein d’un conseil culturel et ont donné leur avis quotidiennement.

C’est un historien et un véritable génie. Il est souvent venu au studio pour parler à l’équipe et aux animateurs. Il a beaucoup contribué à donner vie aux personnages.

Dana Murray, productrice

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Jon Batiste, photographié pendant une séance d’enregistrement avec le réalisateur de Soul, Pete Docter, est souvent allé au studio pour parler à l’équipe et aux illustrateurs. Véritable mine d’information, il a beaucoup contribué à donner vie aux personnages, a précisé la productrice Dana Murray.

« Je crois qu’on peut être universel et toucher un large public en étant très spécifique, estime Kemp Powers, coréalisateur et coscénariste de Soul, qui a eu le champ libre pour intégrer plusieurs éléments propres à la communauté afro-américaine. Pour aimer les Soprano ou la trilogie Le Parrain, est-ce que vous devez absolument être italien ? Cela semble absurde. Nous avons ici une magnifique occasion de faire quelque chose dont ma famille, ma mère et mes enfants seront fiers, et qu’en même temps, tout le monde va aimer. »

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Pete Docter et Dana Murray ont pris contact avec le dramaturge Kemp Powers, il y a deux ans. L’auteur de la pièce One Night in Miami, qui a aussi écrit le scénario du film, qui sera diffusé en janvier, a eu le champ libre pour intégrer beaucoup d’éléments propres à la communauté afro-américaine.

Appelées à se prononcer sur le style de leur personnage respectif, Angela Bassett (Black Panther, Tina) et Phylicia Rashad (Creed, The Cosby Show) ont toutes deux salué l’augmentation du nombre de films comportant des personnages afro-américains. « Les films d’animation plaisent aux familles, a précisé Mme Bassett. Si les gens commencent jeunes à voir qu’il existe une vaste diversité d’êtres humains, je crois que c’est une bonne chose. » Phylicia Rashad a de son côté espéré qu’on cesse un jour de lui poser la question.

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Dans le film d’animation Soul, Angela Bassett prête sa voix à Dorothea Williams, l’étoile du jazz qui offre au pianiste Joe Gardner sa première véritable chance de briller.

Extrêmement complexe

Soul entraîne l’auditoire dans deux univers opposés. Le premier, très concret, traduit l’effervescence et le bruit, qui caractérisent New York. Le second espace, où sont formées les âmes avant de faire le grand saut vers leur vie sur terre, est par contraste totalement inédit. Pour le définir, les sources d’inspiration ont été multiples et le plus universelles possible. Les âmes et les conseillers veillant sur elles, qui peuplent ce monde imaginaire, ont quant à eux forcé leurs créateurs à innover et à repousser les limites de la technologie, a révélé Pete Docter.

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Une partie du film Soul se passe dans l’effervescence de la ville de New York.

« Pour que les conseillers ne ressemblent ni aux âmes ni aux humains, on a eu l’idée qu’ils soient constitués de lignes qui bougent, a-t-il précisé. On s’est servi de câbles métalliques pour élaborer des formes. Cela semblait simple à faire. Ces personnages ont été les plus difficiles à animer dans toute l’histoire de Pixar ! »

L’énergie débordante et l’enthousiasme de Jamie Foxx transparaissent dans le personnage de Joe Gardner, a souligné Kemp Powers. « On connaît Jamie pour les différents personnages qu’il a interprétés, mais c’est la chaleur de sa voix qu’on entend, quand Joe parle avec passion à ses étudiants, à sa mère et à 22. Il s’est inspiré de qui il est réellement. »

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Par un concours de circonstances, Joe Gardner devient le mentor de 22, dans l’univers où les âmes acquièrent leur personnalité. Chacun apprendra de l’autre ce qui compte vraiment. Jamie Foxx et Tina Fey prêtent leur voix à ces deux personnages aux intérêts opposés.

Jamie Foxx accumule les succès en tant qu’humoriste, acteur, musicien et chanteur. Mais c’est pour la musique qu’il vit, a révélé l’artiste aux multiples talents. « Je n’ai jamais eu à choisir, a-t-il poursuivi. On peut tout accomplir, à condition de le faire avec respect. »

Il n’était pas prévu que Soul soit lancé ce 25 décembre, en pleine pandémie, sur la plateforme Disney+. Mais ça ne pouvait pas mieux tomber, croit Kemp Powers. « On voulait que le film nous fasse sentir comme lorsqu’on regarde certains classiques, comme It’s a Wonderful Life. C’est un film parfait pour les Fêtes. C’est ce qu’on aura envie de voir à la fin d’une année marquée par son lot de défis. »