Longtemps, le western fut synonyme de pétarades, de chevauchées dans les canyons et de cowboys taciturnes dormant chapeau rabattu sur les yeux. L’état sauvage du cinéaste français David Perrault s’éloigne de ces codes. La Presse en a discuté avec les comédiens Kate Moran et Pierre-Yves Cardinal.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Un western féministe et non conventionnel qui, au lieu d’évoquer la conquête de l’Ouest, voit ses personnages se déplacer vers l’est ! Et même un western avec un soupçon de surnaturel ! Voilà ce que propose le cinéaste David Perrault dans L’état sauvage, son deuxième long métrage qui, après un passage au festival Fantasia l’été dernier, peut maintenant être visionné en ligne et à la télévision.

Dans cette histoire qui s’amorce en 1863 au Missouri, la majorité des personnages sont féminins. Edmond (Bruno Tedeschini), un colon français bourgeois, est entouré de sa femme, de ses trois filles, dont la mystérieuse et déterminée Esther (Alice Isaaz), et d’une gouvernante adepte de vaudou.

Alors que les esprits s’échauffent, tous quittent leur luxueuse maison dans l’espoir de retourner en France. Leur traversée de l’Amérique sera tout sauf tranquille. Notamment parce qu’ils sont poursuivis par Bettie, femme teigneuse qui a des comptes à régler avec Victor (Kevin Janssens), le passeur de la famille.

Un genre de Calamity Jane, cette Bettie ? « Oui », dit en riant la comédienne Kate Moran, jointe en France.

C’est un sacré personnage que j’ai adoré incarner. Il y a quelque chose de très sauvage en elle. Elle est proche de ses instincts. Elle aime comme elle déteste très fortement. Elle fait peur aux gens, car elle est impossible à contrôler.

Kate Moran, interprète de Bettie

La comédienne, qui a joué avec Suzanne Clément dans la série Vampires (Netflix), se réjouit de ces personnages féminins forts dans un western. « Souvent, les femmes ont eu moins la parole dans les films, notamment parce que ce sont les hommes qui, en majorité, les écrivaient, les réalisaient, dit-elle. Elles étaient alors présentées comme la mère, la personne à être sauvée, etc. Heureusement, les choses changent. Des femmes peuvent sauver des femmes. »

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Une scène de L’état sauvage avec, au centre, la comédienne Alice Isaaz, qui incarne le personnage principal d’Esther.

« Il y a encore quelques années, nous aurions eu un scénario avec les gars amenant les filles au bateau, alors qu’ici, elles prennent les choses en main », remarque le Québécois Pierre-Yves Cardinal (l’œuvre est une coproduction incluant la maison de production montréalaise Metafilms), qui tient le rôle secondaire de Samuel, un des hommes travaillant pour le compte de Victor.

M. Cardinal souligne que le scénario a été écrit « bien avant » l’émergence du mouvement #metoo.

David Perrault pensait depuis longtemps mettre en scène une bande d’héroïnes. Il n’a pas profité d’un momentum ou d’une mode.

Pierre-Yves Cardinal, interprète de Samuel

Que dire de la dimension surnaturelle de cette histoire ? Kate Moran est à l’aise avec celle-ci, d’autant plus que c’est entre autres par son personnage qu’arrive la malédiction. « Il y a un lien entre les esprits libres dans la nature et cette bande de gens masqués et menés par Bettie, argue-t-elle. L’image fait peur et leur présence accentue la menace. »

En France, en Espagne, au Québec

Cette histoire campée aux États-Unis a été tournée dans les Pyrénées, en France, dans le désert des Bardenas, en Espagne, et à Harrington, au Québec, où de superbes scènes hivernales ont été filmées.

Si les scènes sont belles, comédiens et techniciens ont souffert sur le plateau, évoquent en riant nos deux interviewés.

Nous avons tourné en novembre et il faisait un froid épouvantable. Les fils de la technique ont gelé. Les techniciens étaient incapables de les rouler.

Pierre-Yves Cardinal, interprète de Samuel

« Il faisait si froid que le métal brûlait la peau, ajoute Kate Moran. Je ne voudrais pas toujours vivre cela, mais c’était une expérience intéressante. »

Américaine de naissance, Kate Moran a vécu ce tournage avec un accent de nostalgie. « Petite, avec mon grand-père, je regardais des westerns », se souvient-elle.

De nos jours, jouer dans un western est une occasion exceptionnelle. Tant Mme Moran que M. Cardinal y ont vu une occasion à saisir.

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L’état sauvage, de David Perrault

« C’était super, dit Kate Moran. Dans mon cas, mon principal partenaire de jeu était… mon cheval. J’ai eu cette chance de me préparer en faisant de l’équitation. J’ai aussi appris à mieux connaître les histoires de contrebande entre la France et les États-Unis. »

« Mon personnage était anglophone, rappelle M. Cardinal, et je lui ai donné un petit accent des États-Unis avec une pointe francophone. Quant au jeu, il y avait plusieurs défis intéressants : travailler en Europe, en anglais, faire de l’équitation. J’aime les rôles me permettant de sortir de ma géographie, de mon époque et de plonger dans des valeurs différentes. »

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