(Paris) Face à Alexandra Lamy, Miou-Miou incarne une mère éplorée qui s’attache plus que de raison à une femme qu’elle croit être la compagne d’un fils bien-aimé, mort subitement. Malgré ce que pourrait laisser croire ce point de départ, Belle fille est une franche comédie. Et l’actrice s’y est beaucoup amusée.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Elle fait partie du paysage cinématographique français depuis bientôt cinq décennies. Des Valseuses (Bertrand Blier) à Nettoyage à sec (Anne Fontaine), en passant par La lectrice (Michel Deville), Miou-Miou a enchaîné les rôles marquants, toujours à sa manière. Elle s’est faite plus rare sur grand écran au cours des dernières années, mais l’actrice est aujourd’hui de retour dans Belle fille, une comédie où elle donne la réplique à Alexandra Lamy.

Rencontrée à Paris avant la pandémie, Miou-Miou expliquait avoir eu au départ beaucoup de difficulté à s’imaginer dans le rôle d’une « veuve corse », étant elle-même une Parisienne d’origine bretonne.

J’avais encore l’image de ces femmes portant des voiles noirs, des vêtements noirs, avec des tempéraments très rugueux, bref, j’avais encore une image très stéréotypée et je ne voyais pas comment je pouvais en faire un portrait crédible.

Miou Miou

« Or, cette vision date quand même d’une autre époque et ne correspond plus du tout à la réalité. Une fois cette image déchirée dans mon esprit, je me suis alors vraiment intéressée au scénario et tout fut alors possible. Plongée dans cette histoire, j’ai eu tellement de plaisir ! », continue l'actrice.

Une proximité

L’histoire de Belle fille est en effet campée en Corse, pays d’origine de la famille de Méliane Marcaggi, une actrice qui signe ici son premier long métrage à titre de réalisatrice. S’inspirant d’une histoire qu’on lui a racontée, cette dernière a imaginé ce film relatant les déboires de Louise (Alexandra Lamy), une femme qui, après avoir appris l’infidélité de son mari, s’offre un week-end de vacances dans l’île de Beauté, pimentée d’une aventure d’un soir avec un beau gars de la place (Thomas Dutronc). Manque de pot, ce dernier ne se réveille jamais après la nuit d’amour et la mère du défunt (Miou-Miou), arrivée sur les lieux, se prend tout de suite d’affection pour Louise. Elle voit en elle la belle-fille idéale dont elle a toujours rêvé.

PHOTO FOURNIE PAR TVA FILMS

Alexandra Lamy et Miou-Miou dans Belle fille, un film de Méliane Marcaggi

Après un long travail d’écriture, Méliane Marcaggi s’est tournée vers Alexandra Lamy, une amie très proche, pour interpréter le rôle de Louise, et vers Miou-Miou, qu’elle ne connaissait pas du tout personnellement, pour le rôle plus inattendu de « belle-mère » en deuil.

« Je ne vous cacherai pas avoir été un peu intimidée lors de notre première rencontre, car je voue une admiration sans bornes pour Miou-Miou, explique la réalisatrice. Mais au-delà de ses qualités de comédienne, Miou-Miou est une actrice avec qui j’ai toujours senti une proximité, même si nous ne nous étions jamais rencontrées auparavant. Dès l’écriture, je l’ai tout de suite vue dans ce personnage. »

Un climat convivial

Camper le récit en Corse permettait à Méliane Marcaggi de rendre hommage à ses racines familiales d’une part, mais aussi d’évoquer une société distincte, plus isolée, dans laquelle certaines traditions sont encore bien ancrées. Tourner à cet endroit permettait également d’instaurer un climat convivial au sein de l’équipe. Alexandra Lamy fait cependant remarquer que la dynamique particulière entre son personnage et celui de la belle-mère faisait en sorte qu’une certaine distance devait quand même être maintenue entre les deux actrices, du moins, au début.

« En fait, nous nous sommes tout de suite très bien entendues, Miou-Miou et moi, mais quand nous sommes arrivées là-bas, nous estimions qu’il valait mieux se garder une petite réserve, que cela servirait bien nos personnages. »

Ce à quoi Miou-Miou répond qu’elle n’a pas eu vraiment d’efforts à faire, laissant les activités sociales aux autres.

Le soir, je ne sors plus. Donc, je suis restée à l’hôtel pendant que l’équipe allait dîner et faire la fête. Tout ce qu’ils ont fait, je l’ai déjà fait pendant des années. Alors j’ai déjà donné pas mal sur ce plan !

Miou-Miou

« Mais tout me plaisait, les gens, l’endroit, et ce personnage intransigeant, plongé dans une suite de malentendus. On m’offre maintenant des rôles comme celui-là et j’en suis ravie », assure-t-elle.

À ses yeux, le plaisir du jeu reste intact, même s’il évolue.

« En fait, explique-t-elle, le plaisir évolue parce que les rôles évoluent avec l’âge. C’est très bien comme ça. J’ai eu parfois des creux au fil des ans, mais je crois que j’en suis aussi responsable. Je voulais voir si je pouvais remonter, en fait. Le théâtre, que j’adore, a aussi occupé une place importante dans ma vie. Aujourd’hui, on me propose des trucs assez marrants, que je n’avais pas eu l’occasion de jouer auparavant. En revanche, on me fait beaucoup mourir. Mais ça ne me dérange pas. Tout dépend de la manière ! »

Belle fille a pris l’affiche vendredi à l’extérieur des zones rouges.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

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