Le Festival international du film d’animation d’Annecy s’amorce en ligne aujourd’hui. Cet évènement rassemble la crème de ce qui se fait dans le monde en cinéma d’animation. Le Québécois Jean-François Lévesque y présente, en première mondiale, son court métrage Moi, Barnabé. Une œuvre en forme de démarche spirituelle très proche de la sienne.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Jean-François Lévesque, le Barnabé vedette de son film et le coq menaçant, personnage secondaire qui revient de façon récurrente dans l’histoire, nous ont bien dupé.

En voyant ce prêtre esseulé dans son église se mettre à boire pour enterrer sa solitude, en le voyant effrayé par le coq lui jetant un regard torve dans la grange, dans la cour et partout autour de la maison, l’impression nous est restée d’un subtil renvoie à cette parole du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. »

Eh bien, nous avions tout faux !

Il y a beaucoup de l’histoire personnelle de ce cinéaste originaire de Saint-Gabriel-de-Rimouski dans ce court métrage d’une quinzaine de minutes. Il y a une espèce de miroir entre la vie de Barnabé et son propre cheminement personnel, nous dit-il en entrevue téléphonique.

« Je suis né en 1978 et j’ai grandi dans un petit village où j’avais l’impression de vivre à l’époque de mes grands-parents, explique M. Lévesque. Les prêtres, les sœurs étaient omniprésents. Il est venu un moment où j’ai commencé à me révolter. Mais la réelle étincelle, le détachement, est survenue au début de la trentaine, cette période où l’on remet tout en question. Je suis passé de quelqu’un avec le bagage d’un enfant catholique à un nihiliste scientifique qui garde les pieds sur terre, mais en développant sa spiritualité. »

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Jean-François Lévesque

Spiritualité. Tout est dans ce mot, selon le cinéaste.

« En Occident, on a repoussé la religion pour les raisons que l’on sait, poursuit le créateur de Barnabé. Mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. On a fait un amalgame entre religion et spiritualité alors que ce sont deux choses totalement différentes. À mon sens, un monde sans spiritualité n’a pas d’âme. »

En dépit de la profondeur de cette analyse, Moi, Barnabé est un film très réjouissant, tantôt drôle, tantôt dramatique, qu’on pourrait qualifier de thriller de la bouteille.

Empruntant la voix de Marcel Sabourin, Barnabé, un prénom savoureux qui renvoie à bar, à barn (grange) et à un… abbé, est littéralement martyrisé par ses démons intérieurs. Il essaie de ne pas boire, mais la bouteille l’attire comme un aimant. Il croise partout le coq qui l’effraie jusqu’à ce qu’il le voie en se regardant dans une glace.

En fait, le mal qui tenaille Barnabé n’est pas l’alcool, mais son ego qui a pris toute la place. L’alcool fait taire l’ego, dont le coq est la représentation physique.

Jean-François Lévesque, réalisateur de Moi, Barnabé

Le film a été tourné en utilisant la technique de l’animation image par image (stop motion), une marionnette, une maquette et beaucoup d’imagination en matière d’éclairage.

« Ce fut un grand défi, dit le cinéaste. Sur le plateau, on a créé des couches d’éclairages faisant en sorte qu’on pouvait allumer ou éteindre des lampes à chaque position filmée du personnage. Cela nous a permis de refaire l’éclairage de certains passages en postproduction. »

La marionnette possédait aussi un mécanisme interne permettant, avec un jeu de clés Allen, de changer les expressions du visage.

Comme le festival se tient en ligne, Jean-François Lévesque est bien peiné de ne pouvoir se rendre présenter son film aux spectateurs à Annecy. Mais après la déception de départ, il voit un avantage au fait de tenir l’évènement sur l’internet. « Cela va peut-être nous permettre de nous ouvrir à de nouveaux publics qui ne regardaient pas le cinéma d’animation auparavant », dit-il.

Que de sagesse ! Ou de… spiritualité ?

Consultez le site du Festival international du film d’animation d’Annecy