Désireuse d’enrichir l’offre abondante d’œuvres à voir gratuitement en cette période de confinement, la comédienne Charlotte Le Bon a fait libérer les droits de son court métrage Judith Hotel, maintenant en ligne sur YouTube. L’occasion était belle de lui parler de ce film et de ses projets, y compris un long métrage qu’elle espère tourner au Québec.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Charlotte Le Bon est au Québec.

Elle séjourne dans sa maison des Laurentides acquise en décembre 2018. La comédienne fait régulièrement la navette entre Paris, où elle fait carrière depuis son passage remarqué à la météo de Canal+ à l’automne 2010, et ici. La pandémie l’a ramenée prestement au Québec, où vivent ses parents.

« Je travaillais en Europe et on sentait que la situation dégénérait tranquillement, dit-elle en entrevue téléphonique. Avant même que le président [Emmanuel] Macron annonce le confinement général, j’ai devancé mon billet. Je devais de toute façon venir ici pour travailler sur mon projet de long métrage. »

Lorsque nous lui demandons comment elle vit la période actuelle, elle répond : « Je relativise beaucoup. Je ne peux pas vivre le confinement dans de meilleures conditions. Je suis avec mon copain. On a de l’argent pour aller se chercher à manger. »

Je suis dans ma petite maison. Je peux aller dehors, prendre des marches sans risquer de recevoir une amende [contrairement à ses amis parisiens]. En fait, j’oscille entre gratitude et grande angoisse. Parce que je suis hypocondriaque.

Charlotte Le Bon

Sur cette parole, la jeune femme de 33 ans éclate de rire. En entrevue, Charlotte Le Bon est d’ailleurs généreuse de son temps, de ses mots, de ses rires. De sa franchise aussi.

Ainsi, lorsqu’on lui demande si elle est devenue fan de la série District 31 depuis que sa mère Brigitte Paquette y incarne la dérangeante policière Mélissa Corbeil, elle avoue ne pas avoir de télé chez elle. Mais quand même ! Elle a vu quelques épisodes.

« Elle est très juste, dit-elle à propos de Brigitte/Mélissa. Quand je passe chez mes parents, je regarde des épisodes avec eux et je suis très fière de ma mère. »

Cinéma, cinéma

En mai 2018, Charlotte Le Bon est allée à Cannes avec son premier court métrage à titre de réalisatrice. Judith Hotel (c’est le nom du film de 17 minutes) est une œuvre singulière, aux personnages atypiques qui dansent avec la mort.

Certains ont fait des rapprochements avec le film The Lobster, de Yórgos Lánthimos, et d’autres avec la série Twin Peaks. Ajoutons que ceux qui ont déjà écouté avec attention les paroles de la pièce Hotel California, des Eagles, ne seront pas dépaysés.

L’inspiration ? Charlotte Le Bon l’a puisée dans ses propres rêves, qu’elle consignait autrefois dans de précieux cahiers dans lesquels elle a replongé.

« J’y ai retrouvé un rêve très similaire à Judith Hotel, explique-t-elle. Dans celui-ci, il y avait un établissement privé dont le tenancier me disait que pour avoir accès à ma chambre, je devais me débarrasser d’un cadavre se trouvant à l’intérieur de celle-ci. C’était la même chose pour tous les clients. J’acceptais et, une fois dans ma chambre, je me disais qu’en suivant la logique du concept, je serais forcément tuée dans mon sommeil ! »

Ce premier contact avec la réalisation a confirmé à Charlotte Le Bon son intérêt à travailler aussi derrière la caméra. Un rôle qui rejoint ses autres activités : la peinture, la photographie. D’un mode d’expression à l’autre, il y a cette constante de raconter des histoires par l’image.

Un projet de long métrage

Depuis quelque temps, elle travaille à un premier projet de long métrage qui, si tout va comme prévu, serait tourné l'été prochain au Québec. Librement inspiré de la bande dessinée Une sœur, de Bastien Vivès, le film a pour titre de travail Falcon Lake.

« C’est l’histoire de l’éveil sexuel d’un garçon de 13 ans avec une fille de 16 ans. C’est une adaptation libre et je l’ai campée dans un univers qui me ressemble un peu plus. Le scénario va se dérouler au bord d’un lac du Québec. Normalement, Monia Chokri devrait faire partie de la distribution. » Aucun autre nom ne nous a été communiqué, rien n’étant signé.

Avant de tourner son film, il lui reste à franchir l’étape « très pénible » du financement. Des demandes seront faites aux institutions d’ici (SODEC, Téléfilm). « Comme je travaille avec Metafilms [Mommy, Jeune Juliette, La femme de mon frère], je me sens entre de bonnes mains. »

Télévision

À la rentrée d’automne en France (sur la chaîne OCS Choc), Charlotte Le Bon partagera avec Veerle Baetens (Alabama Monroe) la vedette de Cheyenne et Lola, une série en huit épisodes signée Eshref Reybrouck. L’enthousiasme fait un sérieux bond au cadran lorsqu’elle en parle.

« C’est un western moderne à la Thelma et Louise situé dans le nord de la France. Avec la lecture que j’en ai faite et ce que j’ai vécu en tournage, j’ai très hâte de voir le résultat. Ça faisait longtemps que je n’étais pas tombée amoureuse d’un projet et d’un rôle comme ça », dit la jeune femme qui compte une vingtaine de films et de séries à son actif.

Incarnée par Veerle Baetens, Cheyenne est une jeune femme qui, récemment sortie de prison, veut faire profil bas et vivre en paix. Or, un jour, Lola (Le Bon) débarque dans sa vie comme un météore. « Lola a une personnalité borderline, de gros problèmes identitaires, résume Charlotte Le Bon. Elle suit son amant qu’elle croit être son conjoint officiel alors qu’il est marié. Elle est tout sauf paisible. Elle adore attirer l’attention et foutre la merde partout. »

Et voilà la jeune femme qui éclate de nouveau de rire.