Antigone, son cinquième long métrage (fictions et documentaires confondus), a été choisi pour représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film international. Lauréat de nombreux prix, le film jouira d’une sortie en salle aux États-Unis, en France et dans plusieurs autres pays.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Son moment de 2019

Le matin du 20 septembre, Sophie Deraspe lance sa journée comme n’importe quelle autre. Mais avant de se mettre au travail, elle enfile, dans un geste délibéré, un t-shirt à l’effigie de son film Antigone. Un morceau fabriqué au pochoir par son fils Ian, étudiant en arts à l’Université Concordia. Car ce 20 septembre n’est pas un jour comme les autres. C’est celui où Téléfilm Canada annonce l’œuvre retenue par un comité de sages pour représenter le pays dans la course à l’Oscar du meilleur film international.

« Ce jour-là, tous les réalisateurs en lice se doivent d’être dans la ville où ils habitent, et une seule personne sera appelée. Je n’ai pas eu à attendre longtemps, dit-elle, émue. À 10 h, le téléphone a sonné. C’était Christa Dickenson, directrice générale de Téléfilm Canada. J’avais envie de pleurer. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND-LA PRESSE

Nahéma Ricci, interprète d’Antigone, et Sophie Deraspe

Dès le lendemain, plusieurs personnes se sont mises au travail pour faire avancer le film vers la prochaine étape, la sélection de 10 demi-finalistes (shortlist). Malheureusement, la course d’Antigone s’est arrêtée là. Le titre était absent de la sélection dévoilée le 16 décembre par l’Académie des Oscars. Il reste néanmoins beaucoup de points positifs.

« Depuis le lancement du film à Toronto [en septembre, au TIFF], j’ai connu beaucoup de moments de grâce. Mais il est évident que d’être le choix du Canada pour les Oscars, ça change une vie. C’est très différent du fait de gagner un prix dans un festival. C’est comme si on m’avait désignée pour aller aux Jeux. »

PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4:3

Nahéma Ricci dans Antigone

Déjà au TIFF, elle recevait des appels d’agents à Hollywood pour sonder son intérêt à travailler là-bas. En évoquant cela, elle pousse un gros « ouf » chargé d’émotion et de vertige. « Ça change une trajectoire. C’est la première fois que ça m’arrive. »

Entre le 20 septembre et le 16 novembre, elle a séjourné une dizaine de jours à Los Angeles. Elle a pris soin auparavant de converser avec Denis Villeneuve, Philippe Falardeau et Jean-Marc Vallée, dont les films ont été sélectionnés aux Oscars et qui ont tous tourné à Hollywood. Denis Villeneuve a même été l’hôte d’une de ses projections aux membres de l’Académie.

Elle s’est aussi rendue aux festivals de Busan, en Corée du Sud, et de Rome avec Antigone. « À Rome, se souvient-elle, j’étais avec Nahéma Ricci [interprète principale] et nous étions assises au milieu de la salle. Lorsque le film s’est terminé, un spot nous a éclairées, les gens se sont levés pour une longue ovation. Nous étions directement au cœur de leurs émotions et de leur enthousiasme. »

Ce qui l’attend en 2020

Sophie Deraspe reprendra le collier dès le 2 janvier. Elle se rendra au festival de Palm Springs, en Californie, où son film sera présenté, puis à Los Angeles.

« Ce que j’ai senti à la suite des contacts avec les agents est qu’Hollywood a extrêmement soif de talents et de nouvelles voix, dit-elle. Nous avons été approchés par des gens très compétents. C’est étourdissant, et c’est pour cela qu’il faut être bien conseillée et prendre son temps. Mais oui, je suis en train de conclure une entente avec un agent qui va m’y représenter. »

Elle ignore si elle tournera en 2020, mais c’est ce qu’elle souhaite ardemment. Elle a deux scénarios, un en français et un en anglais, qui sont prêts. Elle a une proposition de réaliser une série télé ainsi qu’une collaboration à titre de directrice photo. Elle se garde de donner des détails, sauf pour son scénario en français, projet mené avec la maison de production micro_scope qui reste à financer. 

« C’est l’adaptation du roman D’où viens-tu berger ? de Mathyas Lefebure, nom de plume d’un auteur québécois avec une grande éloquence, dit la cinéaste. Il parle du jour où il a quitté son travail en publicité à Montréal pour devenir berger dans les Alpes, où la vie était moins champêtre qu’il ne le pensait. »

Sophie Deraspe a toujours le goût de prendre des risques, sans rien tenir pour acquis. « Tout projet, peu importe le succès connu dans le passé, demande travail et persévérance. Je sais que c’est ce qui m’attend. »