(Paris) Pour Hirokazu Kore-Eda, Catherine Deneuve est « magnétique ». Dans La vérité, le réalisateur japonais filme la star française dans le rôle d’une icône du 7e Art, fasciné par cette actrice qui « porte l’histoire du cinéma sur ses épaules ».

Sophie LAUBIE
Agence France-Presse

« Quand j’avais envisagé à l’origine de faire ce projet au Japon, il n’y avait pas d’actrice encore en activité susceptible de pouvoir porter l’histoire tout entière du cinéma japonais sur ses épaules, comme peut le faire Catherine Deneuve dans le film », souligne dans un entretien avec l’AFP le réalisateur de 57 ans, Palme d’or à Cannes en 2018 pour Une affaire de famille.

« Si ç’avait été aux États-Unis, j’aurais imaginé Elizabeth Taylor par exemple, mais ce n’était plus possible non plus. Et en France, il y avait Catherine. Et c’est aussi pour ça que le projet s’est ancré en France ».

Dans La vérité, qui a ouvert la Mostra de Venise fin août, Kore-Eda, auteur de chroniques familiales comme Tel père, tel fils, raconte pour la première fois une histoire ancrée en France et en français.

Fabienne, une star de cinéma, entretient des relations difficiles avec sa fille Lumir (Juliette Binoche), scénariste à New York, en couple avec un acteur de seconde zone (Ethan Hawke).

Alors que Lumir retourne à Paris pour la publication des mémoires de sa mère, leurs retrouvailles vont tourner à la confrontation, entre mensonges et vérités cachées, tandis que Fabienne joue dans un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune.

« Aura »

« Faire un film à l’étranger n’était pas quelque chose qui me tenait spécialement à cœur à l’origine », raconte Kore-Eda.

« Mais il y a eu la rencontre avec Juliette Binoche qui a été très déterminante » et « ça a été vraiment une accumulation de hasards », ajoute le cinéaste, parti d’une pièce de théâtre qu’il avait commencé à écrire en 2003 sur une comédienne en fin de carrière.

Oscillant entre humour et émotion, le film joue avec la mise en abime — la star de cinéma tourne un film sur la relation mère-fille —, tout en s’amusant aussi des ressemblances, vraies ou fausses, entre Fabienne et Catherine Deneuve, dont le deuxième prénom est Fabienne.

« C’est quelqu’un qui a une aura extrêmement forte », dit-il. « Elle a quelque chose de fascinant qui fait qu’on ne peut pas s’empêcher de la regarder. Dès qu’elle est là, on a l’impression que le film se met à bouger du fait de sa simple présence ».

« Questions insolubles »

La comédienne, qui se remet actuellement d’un accident vasculaire subi en novembre, avait elle-même souligné à l’AFP fin août que ce personnage était « très loin d’elle ».

Elle avait relevé le côté « étrange » de ce tournage, Kore-Eda ne parlant ni français ni anglais et suivant le texte avec l’aide d’une traductrice.

« Bien sûr pour ce qui est de l’exactitude des répliques ou du choix des mots, je devais toujours m’en référer à mon interprète. Mais pour ce qui est vraiment de la justesse d’une prise, j’ai eu le sentiment d’avoir travaillé comme d’habitude », précise le cinéaste, qui a dû adapter sa subtile observation des liens familiaux à la culture française.

« Il y a un travail très important qui a été fait en amont du tournage » pour « savoir ce qui était cohérent par rapport à la culture française ».

« Si ça avait été au Japon, il y aurait peut-être eu moins de confrontations directes », ajoute Kore-Eda, qui dit ne pas se lasser de creuser l’idée d’une quête de vérité « qui n’aboutit jamais ». « Qu’est-ce que la vérité ? Peut-on la trouver ? À mon avis, ce sont des questions insolubles, c’est peut-être pour ça que ça m’intéresse tellement de continuer à les explorer ».