(New York) Diamants, basket, judaïté et jeux d’argent : c’est un cocktail détonant que proposent les frères Safdie avec Uncut Gems, un film new-yorkais pur jus qui offre à la vedette de la comédie Adam Sandler un rôle à contre-emploi.

Thomas URBAIN
Agence France-Presse

Il n’y avait sans doute que Josh et Benny Safdie pour réunir dans un film dramatique Adam Sandler, surtout connu pour ses comédies potaches, l’ancien basketteur Kevin Garnett, le chanteur The Weeknd et Idina Menzel, passée à la postérité pour son interprétation d’Elsa dans La reine des neiges.

C’est l’illustration d’un cinéma de rencontres, dans lequel on se soucie peu des étiquettes, où la vedette côtoie l’acteur néophyte, repéré dans la rue.

Uncut Gems, qui sort dans les salles américaines vendredi et sera distribué par Netflix à l’étranger à partir de janvier, aura demandé dix ans aux frères Safdie avant de voir le jour.

Entre temps, ils ont même réalisé quatre films, deux documentaires et deux longs métrages de fiction, dont Good Time, sélectionné à Cannes en 2017.

Uncut Gems est construit sur le personnage d’Howard, inspiré d’un homme pour lequel a travaillé leur père et qui les a fascinés.

Diamantaire à la vie confortable, Howard a mis la main sur un caillou d’une rareté exceptionnelle, de ceux qui peuvent changer une vie. Mais rien ne va se passer comme prévu pour cet homme convaincu de pouvoir toujours se sortir de tout.

Tension physique

Adam Sandler donne vie à ce Howard en mouvement perpétuel, haut en couleur, homme d’affaires, juif pratiquant, mari volage, et surtout joueur au-delà de l’excès.

Habitué de la comédie sans nuance (Copains pour toujours, Big Daddy), l’ancien de Saturday Night Live sort ici de sa zone de confort, au point qu’il a d’abord refusé le rôle, puis hésité avant d’embarquer.

PHOTO CHRIS PIZZELLO, CHRIS PIZZELLO/INVISION/AP

Adam Sandler, au centre, en compagnie des réalisateurs Benny Safdie (à gauche) et Josh Safdie (à droite).

Comme dans leurs films précédents, les deux réalisateurs explorent les failles de leurs personnages, le regard que porte sur eux la société.

Les Safdie font un cinéma plein de tension physique, mais non sans humour, avec l’énergie qui a marqué le cinéma des années 70 et 80, celui de Scorsese, De Palma, ou Cassavetes, échevelé, névrosé, verbeux.

Signe d’une filiation, Martin Scorsese est d’ailleurs coproducteur exécutif du projet.

Pour moderne qu’il soit, le film emprunte beaucoup à l’atmosphère de cette époque, de la musique à certains effets visuels.

Derrière le parc d’attractions auquel ressemble parfois New York aujourd’hui, les deux frères sentent encore le pouls d’une ville âpre, rugueuse, pleine de vie et d’excès.

Ils ont choisi d’installer leur intrigue dans le quartier des diamantaires de Manhattan, sorte de village retranché, hors du temps, qu’ils ont fréquenté durant huit ans pour préparer le film.

« Gems a été notre étoile du berger ces dix dernières années », a expliqué Josh Safdie lors d’une présentation au festival de Santa Barbara. « Tout ce que nous avons fait entre temps […] était un détour ».

Aujourd’hui, Josh Safdie dit se sentir « triste » plutôt qu’heureux de voir son film achevé. « Nous avons le sentiment d’avoir gagné, mais aussi d’avoir perdu, car nous n’avons plus ce truc à alimenter. C’était une sorte de journal de bord un peu bizarre ».