Elle se bat à mains nues, plane dans les airs, manie des armes, tombe de cheval, conduit des motos endiablées, et on en passe ; bref, la cascadeuse québécoise Sharlène Royer, qui apparaît dans Dolemite is My Name (récemment disponible sur Netflix), vit à cent à l’heure depuis qu’elle a embrassé, avec fougue, son métier. Et même une fois les caméras éteintes, elle ne peut s’empêcher de cabrioler. Coup de projecteur sur une vie aussi trépidante qu’un film d’action.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Celle qui baigne dans la marmite cinématographique et télévisuelle depuis l’âge de 9 ans ne cesse de cumuler les contrats pour de grosses productions, tantôt comme doubleuse, tantôt comme actrice, mais principalement comme cascadeuse : X-Files, Legends of Tomorrow, Deadpool 2 ou encore le très récent Dolemite Is My Name, pour ne citer qu’une infime fraction de son CV. « Dolemite, ça a été un film très agréable à tourner, on était 32 cascadeurs juste pour la scène du bar, dont la majorité provenaient du film Black Panther. Je crois que c’est le premier plateau où j’ai travaillé où il y avait autant de diversité », affirme-t-elle.

Quand elle n’est pas sur les plateaux, Sharlène Royer continue de vivre à toute allure.

« Quand on choisit la cascade comme métier, nos activités vont être en général un peu similaires ! », dit-elle en riant au bout du fil, quand nous l’avons jointe à Vancouver. Elle venait tout juste de boucler un road trip de 6000 km à moto aux États-Unis. 

PHOTO LUIGI LIEGGI PHOTOGRAPHE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

La cascadeuse Sharlène Royer

Nos temps libres sont normalement réservés à l’amélioration
et au maintien de nos habiletés, on ne peut pas s’endormir sur nos lauriers.
Ça reste de l’entraînement, mais c’est un plaisir, un hobby.

Sharlène Royer

Séminaires, arts martiaux, musculation au gym, conduite de précision… la seule activité plus posée évoquée par Sharlène Royer restera la couture. Pour le reste, garder la forme s’impose, entre autres pour conserver la même silhouette que les actrices qu’elle est amenée à doubler (Halle Berry, Vanessa Williams, Rosario Dawson, entre autres). On s’en doute, tout cela implique une diète particulière. « Pas d’alcool, pas de fast-food, pas de nourriture transformée. Mon régime, c’est mon choix de vie : une diète saine, avec viande, poissons, légumes et fruits », précise-t-elle.

Une tête brûlée qui garde les idées froides

Si Sharlène Royer cultive son corps, c’est aussi pour le préparer à subir toutes sortes d’impacts, des plus légers aux plus violents. « On a tous eu des blessures. On calcule tout, mais certaines choses sont moins prévisibles. C’est dur sur le corps, on reçoit des commotions, par exemple quand on est projetés en l’air. Quand tu es sur une série pendant trois mois sans arrêt ni repos, ton corps fatigue et boum ! Tu te casses quelque chose. »

À son palmarès : poignet fracturé, arcade sourcilière ouverte, commotions, coccyx cassé, notamment. Mais elle a dû faire face à d’autres types de blessures, tout aussi douloureuses. Sharlène, qui a réalisé des cascades dans Deadpool 2, était présente lors de l’accident de moto qui a coûté la vie à l’une de ses homologues pendant le tournage. Visiblement encore ébranlée par le drame, elle a préféré ne pas s’exprimer sur le sujet. « Je ne souhaite à personne de voir une tragédie comme celle-là », lâche-t-elle simplement dans un souffle.

Les cascadeurs, des têtes brûlées qui ne craignent pas la mort ? Balivernes. 

La peur, c’est ma police d’assurance. Elle t’oblige à revisiter ta cascade
et à t’assurer que rien n’a été oublié. Sans une certaine crainte,
c’est là que les trucs arrivent. Et il y a une leçon à tirer de chaque accident.

Sharlène Royer

Une vie rocambolesque

Tout calculer, tout prévoir : telle est la clé pour minimiser les risques. Mais cette philosophie ne peut s’appliquer à son agenda, très fluctuant, puisque les projets se décident généralement à la dernière minute. Un simple coup de fil et tout bascule. Une véritable vie de pigiste qui l’amène souvent à faire ses valises. Roumanie, Maroc, Los Angeles, Ukraine, Italie, Vancouver… pas le choix de suivre le train de l’heure. Un défi pour cette mère de deux enfants, lesquels l’ont parfois suivie sur les plateaux. Ils se sont même retrouvés réunis avec ceux de Vanessa Williams, alors qu’elle doublait l’actrice. « C’était magnifique ! », se souvient celle qui aime revenir se ressourcer au Québec, en famille.

Par ailleurs, le fait de rester dans l’ombre des grands acteurs engendre-t-il de la frustration ? « C’est le choix que j’ai fait. Je suis l’assurance de ma comédienne, car si elle se blesse, le film est compromis. Nous, on est là parce qu’on est remplaçables. Si j’avais voulu être en avant, j’aurais poussé pour ça. »

Apprendre à apprendre

Si vous êtes inspirée par Sharlène Royer, inutile de chercher à vous inscrire à l’École de la cascade. C’est comme l’école de sorcellerie Poudlard : elle n’existe pas. Le cursus est davantage un agrégat de compétences qui s’accumulent et s’affinent au fil du temps. Et la Québécoise peut s’enorgueillir d’un large éventail de talents composé d’arts martiaux, d’équitation, de techniques militaires, de techniques de vol, de ballet classique, de conduite de précision, de gymnastique, etc.

Le meilleur atout pour une cascadeuse ? « Être physique et capable d’apprendre rapidement des choses nouvelles », indique-t-elle, précisant qu’il est possible d’aller acquérir certaines compétences dans des écoles spécialisées américaines, pour la conduite de précision, par exemple.

Ne s’arrête-t-elle donc jamais ? Entre deux contrats, elle prend tout de même le temps de récupérer, à grand renfort de chiropratique, de massothérapie et de cure de sommeil. « On se repose de la même façon qu’on répare notre voiture, avec des traitements. Mais je dois aussi m’entraîner pour ne pas laisser aller le corps. » Non, cette voiture qui roule à vive allure ne s’arrête jamais.