(Los Angeles) Il fallait être doublement courageux pour réaliser une comédie sur l’Allemagne nazie, mêlant un jeune garçon de 10 ans et son ami imaginaire nommé Adolf Hitler, et endosser soi-même le costume, orné d’une croix gammée du dictateur à la moustache.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

Mais Taika Waititi était déterminé à utiliser l’humour pour dénoncer l’intolérance et le fascisme dans son film Jojo Rabbit, qui sort vendredi sur les écrans nord-américains.

« Cela fait 80 ans cette année que Charlie Chaplin a réalisé Le dictateur, donc je ne dirais pas que c’est trop tôt », affirmait le Néo-Zélandais, d’origine juive et maorie, lors d’une récente conférence de presse à Beverly Hills.

Le film « est dans la tradition de gens très intelligents qui ont quelque chose à dire et utilisent la comédie, qui est selon moi l’un des meilleurs outils contre le sectarisme et les régimes dictatoriaux », ajoute celui qui avait déjà mis une dose d’humour dans sa superproduction Thor : Ragnarok.

Jojo se déroule en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et relate comment un enfant — membre des Jeunesses hitlériennes aimant les uniformes nazis et voir brûler des livres — découvre que sa mère, interprétée par Scarlett Johansson, cache une jeune fille juive dans le grenier.

Le jeune garçon, joué par Roman Griffin Davis, doit surmonter sa peur et sa révulsion, et se confie souvent à Adolf, son ami imaginaire en uniforme.

Cette « satire qui déclare la guerre à la haine » était dans les cartons depuis 2011, quand la mère de Taika Waititi lui a recommandé la lecture du roman Le ciel en cage de Christine Leunens, dont il a tiré le scénario.

« Il n’y avait pas autant de nazis à cette époque », explique le réalisateur.

« En 2019, le film sort, il y a plus de néonazis, de groupe haineux, la haine et l’intolérance augmentent, comme ceux qui les propagent », ajoute-t-il. Taika Waititi avait dénoncé l’année dernière le racisme et les discriminations dans son pays, et le 15 mars, la Nouvelle-Zélande a connu la pire tuerie de son histoire moderne lorsqu’un extrémiste australien avait ouvert le feu dans deux mosquées de Christchurch, tuant 51 fidèles musulmans.

« De l’audace »

Jojo Rabbit a remporté le prix du public au Festival de Toronto en septembre, de bon augure alors que les sept derniers lauréats ont tous été nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur film ».

Il pourrait avoir le même succès que La vie est belle de Roberto Benigni, une comédie tragique sur l’Holocauste, récompensée par trois Oscars en 1999.

Les festivaliers canadiens ont fait fi des critiques sur l’esthétique du film, de ses costumes et danses atypiques, et l’aspect idiot et enfantin du personnage d’Adolf Hitler qui germe dans la tête de Jojo.

À l’origine, Taika Waititi ne devait pas jouer le personnage d’Hitler — qui harcèle le garçon afin qu’il dénonce la jeune juive — avant d’accéder à la demande de Fox Searchlight, le studio qui a acheté le film.

« J’étais embarrassé la plupart de temps en étant habillé comme ça, j’avais un petit peu honte », avoue le réalisateur.

Mais, dit-il, un acteur connu aurait détourné l’attention sur le vrai sujet du film, l’impact de la guerre et du fascisme dans les esprits innocents.

Scarlett Johansson, l’actrice la mieux payée du monde grâce à son personnage de Veuve noire dans Avengers, a accepté le rôle après avoir eu le scénario par Chris Hemsworth, qui joue Thor dans la galaxie Marvel.

« C’était plein de fantaisie et enfantin, mais aussi fort et poignant avec une part de vulnérabilité », explique l’actrice qui joue la mère idéaliste et un peu folle de Jojo.

Sam Rockwell (Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance) et Rebel Wilson (Pitch Perfect) sont également à l’affiche du film.

Stephen Merchant, cocréateur de la série TV The Office qui campe un officier de la Gestapo, a salué « l’audace » de faire ce film à une époque où les grands studios « sont un petit peu plus conservateurs et prennent moins de risques ».