Nouveau film de fiction de Marquise Lepage, Apapacho, une caresse pour l’âme aborde de façon singulière le deuil en initiant le spectateur à la fête des Morts, tradition mexicaine où l’on garde bien vivant l’esprit des disparus. La Presse en a discuté avec la réalisatrice et la comédienne Fanny Mallette.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Il y a à peine quelques semaines, Marquise Lepage a perdu son frère. Elle a néanmoins eu le temps de lui parler de son plus récent film, dans lequel elle explore sa façon personnelle de voir la mort, fruit d’un voyage au Mexique. La discussion a fait mouche.

« Après sa mort, les filles de mon frère m’ont écrit pour dire qu’elles voulaient qu’on fasse un gros party à sa mémoire. Comme il était musicien, il y a eu beaucoup de musique. On a exposé plein de photos de lui. Ça m’a beaucoup fait penser à ce que j’ai vécu au Mexique », résume la cinéaste.

Au Mexique, il y a quelques années en marge d’un festival où elle avait été invitée, Mme Lepage a été initiée à la fête des Morts par deux productrices locales dans la petite communauté montagnarde de Cuicatlán, sise à sept heures de voiture au sud-est de Mexico. Loin d’être morbide, cette célébration est un moment pour se souvenir des disparus avec lampions, tombes fleuries, leur nourriture préférée, tableaux d’êtres squelettiques et photos. En somme, le moment idéal pour se rappeler, avec joie, leurs jours heureux.

Craintive à l’idée de participer à cet évènement, alors qu’elle rêvait davantage d’aller lézarder sur une plage, la cinéaste est revenue enchantée de cette fête des Morts et a décidé d’explorer le sujet au grand écran.

Au moment de cette visite, j’étais aussi endeuillée. Or, le Mexique a changé complètement mon rapport à la mort.

Marquise Lepage

« Au Québec, on a une tendance à enterrer les gens et à enterrer en même temps notre amour pour eux. On ne parle plus d’eux dans nos rencontres familiales, comme si on avait peur de heurter ceux qui restent. Au Mexique, la mort ne sépare pas les disparus des gens qui les aimaient. Cet amour continue à exister. Et c’est ce qui m’a plu. »

Trois sœurs

Le film de Marquise Lepage (Marie s’en va-t-en ville, Des marelles et des petites filles) s’articule autour de l’histoire de trois sœurs.

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Fanny Mallette dans Apapacho

Après le suicide de Lili (Eugénie Beaudry), ses sœurs Estelle (Fanny Mallette) et Karine (Laurence Leboeuf) partent en voyage au Mexique. À l’insu de sa sœur aînée, Karine a autre chose en tête qu’un « plan plage ».

On n’en dira pas plus, si ce n’est qu’au contact de la population locale et immergée (c’est le mot) dans cette fête des Morts, Karine et Estelle vivront leur deuil autrement. Avec des larmes, certes, mais avec des rires, du bonheur, de l’espoir.

Ayant mis ses pas dans ceux de Marquise Lepage dans la région de Cuicatlán, où le film a été en bonne partie tourné, Fanny Mallette est revenue elle aussi transformée. À son retour à Montréal, elle a fait un geste qui la comble.

« Jeune, j’ai perdu ma grand-mère, qui était ma meilleure amie, dit-elle. Au retour du tournage, j’ai ressorti une photo de famille sur laquelle nous sommes quatre générations de femmes, dont ma grand-mère. J’ai fait encadrer la photo dans un cadre très coloré, je l’ai installée à l’endroit que j’aime le plus de ma maison : ma bibliothèque. Et j’ai placé à côté un petit lampion que la comédienne Sofía Espinosa (interprète de Rosa, amie intime de Karine dans le film) m’a offert. Tout cela crée comme un petit autel. Lorsque je regarde cette photo, j’ai un souvenir joyeux. »

Sortir de soi

Dans le film, le personnage d’Estelle est assez cassant. Bourgeoise portant de grands chapeaux et rêvant de plages, elle a un caractère de princesse. Au grand plaisir de son interprète.

Elle dit tout ce qu’elle pense. Elle n’est pas super délicate, et j’aime ça parce que moi, je le suis trop dans la vie. Je fais toujours attention à ce que je dis.

Fanny Mallette

« De jouer son personnage me permettait d’être ce que je ne suis pas et d’ouvrir un peu les vannes. Et sous ses apparences de fille un peu bougonne, elle a de la profondeur. Elle est capable d’écoute, de compréhension. »

Pourquoi l’avoir choisie pour son Estelle ? « Parce que Fanny est l’une des grandes actrices au Québec, répond Marquise Lepage. Elle est capable de tout faire. Dans le film, elle est tantôt drôle, tantôt dramatique. Au Festival de cinéma de la ville de Québec, où nous avons présenté le film, les gens riaient lorsqu’elle sortait ses punchs. On la connaît moins pour ce côté du tac au tac. »

Cet échange nous amène justement sur le genre à donner au film. Drame ? Comédie ? Comédie dramatique ? Drame comique ? « Si tu ris deux fois en regardant la bande-annonce d’une minute, ça ne peut pas être juste un drame psychologique, répond Marquise Lepage. Je crois que mon film ressemble à la vie. Parfois on rit, parfois on pleure. »

Au public maintenant de se faire une opinion.

En salle le 18 octobre.