David Cronenberg était de passage à Montréal hier pour accompagner la présentation d’une version restaurée de Crash, film qui a fait scandale lors de sa sortie il y a 24 ans, après laquelle il a répondu aux questions du public. Compte rendu.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

David Cronenberg a eu droit à un accueil chaleureux lorsqu’il est entré hier dans la salle du Quartier latin où prenait fin la projection de Crash, l’un de ses grands films. Et aussi l’un de ses plus controversés. Le chef de file du cinéma canadien, qui a gravi tous les échelons du cinéma mondial grâce à des films de genre, qu’il a imposés chez nous dans les années 70, est revenu sur son expérience de l’époque. Ne comptez cependant pas sur lui pour livrer ses impressions sur son œuvre.

« Je n’ai pas de réaction parce que je ne revois pas mes films, a-t-il déclaré. Je garde cependant de Crash un souvenir étrange. »

Étrange et dérangeant, si l’on en juge par les réactions violentes que Crash a suscitées lors de son lancement au Festival de Cannes en 1996 et, plus tard, lors de sa distribution plutôt chaotique à travers le monde, particulièrement aux États-Unis. Adapté d’un roman de J.G. Ballard et mettant en vedette James Spader, Holly Hunter et Elias Koteas, le film suit le parcours d’un couple dont la vie sexuelle est stimulée par des accidents de voiture et la vision de corps mutilés.

« Je me souviens très bien de la conférence de presse qui a suivi la projection du film à Cannes, a raconté le cinéaste. Il y avait là 350 journalistes, à peu près tous fâchés. »

Un critique anglais a dit que ce film était pornographique, criminel, et que tous ceux qui étaient impliqués dans sa production devaient être jetés en prison !

David Cronenberg

« Cela a d’ailleurs entraîné tout un débat en Grande-Bretagne et le film a même été interdit dans le comté de Westminster ! »

Le cinéaste s’amuse aussi à rappeler cette interpellation d’un critique qui l’a accusé de « trahison ». Ce dernier trouvait en effet que le film qu’il proposait n’était pas digne du roman de J.G. Ballard.

« Il m’a dit ça alors que le romancier était assis avec moi à la table de la conférence de presse. J.G. Ballard lui a répondu qu’à ses yeux, le film était encore meilleur que son livre. La discussion s’est arrêtée là. C’est drôle parce que la première fois que j’ai lu le roman, à la suggestion d’un producteur qui croyait que je pourrais m’y intéresser, je ne me suis même pas rendu jusqu’au bout tellement je l’ai détesté ! Je l’ai repris peut-être un an ou deux plus tard, et là, je l’ai compris. Au point de trouver qu’il y avait peut-être matière à en tirer un film. Je me souviens d’avoir écrit le scénario assez rapidement. »

Une cote assassine

Après la controverse cannoise, Crash a aussi dû affronter le système d’évaluation américain, qui lui a attribué la cote NC-17. Cette cote restrictive, qui interdit l’accès aux moins de 17 ans, est pratiquement une condamnation à mort sur le plan commercial. « Ça a tué le film », a fait remarquer David Cronenberg. Accompagné du producteur Robert Lantos, le cinéaste a raconté que le studio indépendant New Line, qui appartenait à Ted Turner à l’époque, n’avait rien fait pour le soutenir, d’autant que Jane Fonda, alors épouse du nabab, n’était apparemment pas une fervente admiratrice du long métrage…

Quand une question porte sur les changements qu’il apporterait à ses films s’il en avait l’occasion, le cinéaste répond avec le sourire qu’ils sont tous « parfaits ». « D’une certaine façon, c’est vrai, a-t-il précisé. Un film prend sa forme au fil de sa production. Et devient la version parfaite de ce qu’il est, tel qu’en lui-même. Je ne pourrais pas en choisir un plutôt qu’un autre. C’est un cliché, mais c’est comme pour nos enfants : on les aime tous autant ! »

David Cronenberg a cru prendre sa retraite après le tournage de Cosmopolis, mais l’occasion de réaliser enfin Maps to the Stars s’est ensuite présentée. Il travaille actuellement à l’écriture d’une série qu’il destine à une plateforme. À suivre.

Parasite : changement d’heure

La direction du FNC nous a informé d’un changement d’heure pour la projection du film Parasite de Boog Joon-ho. Celle-ci aura lieu le jeudi 17 octobre à 20 h 20 au Cinéma Impérial.