(Toronto) La conquête de l’espace se décline au féminin cette année au Festival de Toronto (TIFF) avec deux films dans lesquels Natalie Portman et Eva Green explorent, chacune à leur manière, les tourments des femmes astronautes.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

Lucy in the Sky s’ouvre avec Natalie Portman en apesanteur, zen dans sa grosse combinaison spatiale, suppliant ses supérieurs de rester quelques minutes de plus dans l’espace, au-dessus de la Terre, avant de retourner sur le plancher des vaches et de retrouver la routine du quotidien.

Dans Proxima, Eva Green navigue à travers les défis que rencontrent les astronautes, un club élitiste peu ouvert aux femmes, et en particulier l’exigeante préparation au voyage dans l’espace.

Les deux actrices marchent dans les pas d’autres grandes stars d’Hollywood ayant enfilé le costume d’astronautes au cours des dernières années : George Clooney et Sandra Bullock (Gravity), Matt Damon (Seul sur Mars), Matthew McConaughey (Interstellar), Ryan Gosling (First Man) et Brad Pitt dans Ad Astra, bientôt sur les écrans.

Tourner dans une épopée spatiale « est tellement un rêve d’enfant », a confié Natalie Portman à l’AFP. « Il y a seulement environ 80 personnes qui, jusqu’à présent, sont allées dans l’espace… c’est vraiment une rare opportunité et ce sont des personnalités uniques » qui ont réalisé ces voyages spatiaux.

« Je pense que je suis un peu trop âgée maintenant » pour postuler à la NASA, a plaisanté l’actrice américaine de 38 ans. « Mais peut-être pas, il paraît que les voyages dans l’espace seront tous privatisés bientôt… »

« Crise existentielle »

Si elle y parvient, il faut espérer que son retour sur Terre se passe mieux que pour son personnage dans Lucy in the Sky.

Ce film s’inspire en effet de la vie de Lisa Nowak, astronaute américaine dont la presse à potins a fait ses choux gras après son arrestation pour avoir agressé en 2007, après son retour sur Terre, une autre femme en raison de sa liaison avec un astronaute pour qui elle avait le béguin.

Pour son rôle au cinéma, Portman s’est surtout attachée à l’aspect philosophique de cette histoire.

« C’est tellement rare de voir à l’écran une histoire de femme ayant une crise existentielle », a estimé la comédienne qui se demande : « Quand on revient de l’espace, qu’on a vu la Terre comme un objet anodin… à quoi rime la vie sur Terre quand on a vu toute la galaxie ? »

La réalisation de ce film joue par ailleurs avec les formats : écran extralarge quand l’héroïne est dans l’espace, réduit à 4/3 quand elle est de retour dans sa banlieue texane.

Le but était ainsi « de vous placer dans l’état d’esprit » du personnage de Natalie Portman, a expliqué à l’AFP le réalisateur du film Noah Hawley, dont la réalisation a été modérément saluée par la critique.

« Geler ou rôtir à en mourir »

En revanche, les spécialistes du 7e art ont applaudi Proxima, et notamment le fait d’avoir tourné ce film français en partie en Allemagne, dans les locaux où l’Agence spatiale européenne prépare ses astronautes aux voyages dans l’espace.

Eva Green incarne dans ce long métrage une mère qui est déchirée par des sentiments contradictoires alors qu’elle se prépare à une longue mission spatiale qui va donc la séparer de manière prolongée de sa jeune fille.

Là encore, la fragilité des émotions humaines est explorée : la réalisatrice Alice Winocour a expliqué à la presse qu’elle voulait aller au-delà du stéréotype de l’astronaute « superman ».

Les deux personnages incarnés par Natalie Portman et Eva Green sont des perfectionnistes qui luttent pour composer avec des niveaux de stress dépassant l’ordinaire.

« Rien n’est plus dangereux que de s’installer littéralement dans une bombe géante, une fusée, et d’aller là où il n’y a ni air ni eau, et où vous pouvez soit geler ou rôtir à en mourir, si les choses tournent mal », a observé Noah Hawley.