Pour son premier long métrage, Miryam Bouchard a voulu rendre hommage à son père, Reynald Bouchard, comédien, clown et poète, mort il y a 10 ans. La Presse a assisté hier à une partie du tournage, qui réunissait entre autres les comédiens Patrick Huard, Jasmine Lemée, Robin Aubert et Louise Latraverse.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Nous sommes dans l’immense cimetière Le Repos Saint-François d’Assise, à Rosemont, aux côtés de la réalisatrice Miryam Bouchard, qui tourne une scène-clé de Mon cirque à moi.

On la sent fébrile, mais heureuse. « Je suis aussi excitée que le jour de la naissance de ma fille, lance-t-elle à un collègue. » « C’est vrai que c’est excitant, nous avoue-t-elle, en entrevue, il y a un bonheur serein dans ce projet. C’est très heureux comme plateau, très joyeux. »

En ce 11e jour de tournage, on assiste pourtant à l’enterrement du clown Guédille, interprété par Jean Lapointe. Toute la communauté cirque entoure sa femme éplorée (Louise Latraverse). Une fanfare, des échassiers, des artistes et bien sûr tous ses collègues clowns, parmi lesquels Bill, interprété par Patrick Huard, et sa fille de 12 ans, Laura, défendue par la jeune Jasmine Lemée, vue entre autres dans Paul à Québec.

« C’est une scène importante, nous souffle le producteur Antonello Cozzolino, parce que Laura se rend compte à quel point elle appartient à cette communauté. » Constat d’autant plus difficile pour Laura qu’elle ne souhaite pas marcher dans les pas de son père.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La réalisatrice Miryam Bouchard

Elle est tannée de cette vie de bohème. Une vie au nom de la liberté, mais où il y a un paquet de règlements à respecter.

Miryam Bouchard, réalisatrice

Elle a envie de stabilité, et contrairement à son père, qui ne jure que par l’école de la vie, elle veut aller dans un collège privé, ce qui est un peu l’insulte suprême… », nous explique la réalisatrice des séries M’entends-tu ? ou encore Mon ex à moi.

Une jeunesse pas comme les autres

Il y a, bien sûr, des parallèles à faire avec la jeunesse de Miryam Bouchard, enfant de la balle, qui a suivi son père dans les parcs de Montréal, mais aussi dans ses tournées au Québec et en France, et qui a grandi en côtoyant de nombreux artistes et clowns, dont les membres de la fanfare Pourpour et le duo Chatouille et Chocolat (Sonia Côté et Rodrigue Tremblay).

« Comme Laura, il y a eu un moment où j’ai eu envie de sortir de ce cadre, nous confie Miryam Bouchard. Un enfant de clown, ça ne fait pas nécessairement un clown… Moi, j’étais le “straight man” de mon père. J’ai été à Brébeuf au cégep et j’ai rajouté à l’odieux en allant à l’Université Concordia, en anglais ! »

Évidemment, l’ironie de l’histoire est que Miryam Bouchard a fini par se retrouver dans le milieu des arts…

« Oui, c’est sûr que je ne suis pas devenue comptable, répond-elle en riant ! Cette enfance-là m’a habitée toute ma vie. »

Quand j’ai eu ma fille [qui a 11 ans aujourd’hui], je me suis dit que j’allais lui offrir une stabilité, même si je réalisais à quel point mon enfance avait été magique.

Miryam Bouchard

« Elle avait 1 an quand mon père est parti, donc ce film-là est un peu une façon de faire amende honorable et de lui rendre hommage. »

La scène de l’enterrement de Guédille est d’ailleurs très proche de ce qu’elle a vécu à la mort de son papa.

« Quand mon père est décédé, c’était impossible qu’on fasse des funérailles dans une église avec un curé, donc ça ressemblait à ce qu’on a fait [hier] dans la scène qu’on a tournée. Il y avait des conteurs, des artistes, des musiciens. On s’était réunis au coin de Rachel et Saint-Laurent [au salon b], puis on avait marché jusqu’au parc Lahaie, où mon père faisait Noël dans le parc [avec sa compagnie L’Auguste Théâtre]. »

Parmi les nombreux souvenirs qui ont nourri son scénario, il y a cette histoire formidable où son père a été arrêté dans un parc où il donnait un spectacle de clown.

« Il avait été engagé pour inaugurer le parc, raconte Miryam Bouchard, mais on lui avait demandé d’écourter son spectacle parce que le maire voulait faire son discours plus tôt. Et il a refusé ! Ça a dégénéré, la police est venue et il y a même eu un procès ! C’est une histoire qui m’a beaucoup marquée, dit-elle. C’était vraiment David contre Goliath, il y avait quelque chose d’absurde à traîner un clown en cour parce qu’il faisait le clown… »

Patrick Huard en duo avec Jasmine Lemée

Patrick Huard, qui mène la distribution étoile de Mon cirque à moi, connaissait Reynald Bouchard. « Je l’avais invité à jouer une scène dans Taxi 0-22, nous confie le comédien. Évidemment, Miryam nous livre un gros morceau de sa vie, mais j’ai tout de suite mis une chose au clair avec elle. Je lui ai dit : “Tu sais que je ne vais pas jouer le rôle de ton père… Je vais jouer UN père.” »

L’acteur, que Miryam Bouchard a joint après l’avoir vu dans un match d’impro de la LNI (il y a environ deux ans), avoue avoir « capoté » en lisant le scénario que la réalisatrice a coécrit avec Martin Forget.

« Il y a beaucoup de paradoxes dans ce personnage-là, nous dit Patrick Huard, qui, à l’inverse, a dû s’affranchir de sa famille d’ouvriers pour mener une carrière d’artiste. Il prône la liberté, mais il a du mal à laisser sa fille assumer la sienne. »

Il est un petit peu pogné dans des concepts qu’il traîne depuis longtemps et qu’il n’a jamais remis en question, et c’est sa fille qui va l’amener à avoir cette réflexion-là.

Patrick Huard

La comédienne Jasmine Lemée, âgée de 12 ans, qui a tourné récemment dans la série jeunesse Mehdi et Val, est emballée par son expérience de tournage.

« Ce sont des gens que j’adore ! », s’exclame-t-elle. Elle ne connaissait pas Patrick Huard, avoue-t-elle avant de lui lancer : « Quand je t’ai rencontré, Patrick, tout ce que je me suis dit, c’est : “On va bien s’entendre. Il est maladroit, je suis maladroite, il sourit tout le temps, je souris tout le temps, il parle tout le temps, je parle tout le temps !” »

Donc, maladroit, Patrick Huard ? « C’est effrayant, reconnaît-il. D’après moi, je suis le fils illégitime de Pierre Richard… »