Avec un microbudget, une vision originale, la participation de la population et l'appui de comédiens professionnels, deux jeunes diplômés en cinéma de l'Université Concordia, Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard, proposent Mad Dog Labine. Une oeuvre singulière où la fiction et le documentaire se côtoient sur le territoire du Pontiac, une région oubliée du Québec.

ANDRÉ DUCHESNE LA PRESSE

Une lettre d'amour au Pontiac

Mad Dog Labine raconte l'errance de deux enfants, Lindsay (Ève-Marie Martin) et Justice (Zoé Audet), dans les villages du Pontiac, région de l'Outaouais marquée par la crise de l'industrie forestière et une décroissance démographique. Ce film est une lettre d'amour au Pontiac, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie ou la moquerie. «La ligne narrative des personnages reflète, à plusieurs égards, celle de la région, dit Jonathan Beaulieu-Cyr. À l'image du Pontiac, on peut se demander si Lindsay a été abandonnée. Et le fait que Lindsay et Justice remportent 10 000 $ à la loterie est le reflet d'une promesse d'aide économique à la région.»

Deux découvertes

Ève-Marie Martin et Zoé Audet n'avaient jamais joué auparavant. Elles ont été découvertes en audition. «Pour incarner Lindsay, nous cherchions une jeune fille un peu sauvage, un peu tomboy, dit Renaud. Nous avons trouvé Ève-Marie à Aylmer. Comme elle fait des arts martiaux, elle nous a fait un kata à la caméra. Même si elle était très féminine, on savait qu'elle porterait ce personnage. Zoé vit dans le Pontiac et fréquente l'école secondaire Sieur-de-Coulonge. Nous nous sommes inspirés de son univers pour le film.» La comédienne Charlotte Aubin (L'échappée, Blue Moon), qui joue dans le film, a servi de coach aux enfants. En échange, Zoé a montré à Charlotte comment prendre l'accent, musical et mâtiné d'anglais, du Pontiac.

Des comédiens connus

PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4 : 3

Ève-Marie Martin et Zoé Audet dans Mad Dog Labine

Outre Charlotte Aubin, plusieurs comédiens connus ont accepté de petits rôles dans le film. Emmanuel Bilodeau, Sarianne Cormier, Sébastien Ricard, Julien Poulin (voix) et les acteurs de la série Le chalet s'y retrouvent. «D'avoir une démarche exploratoire et décomplexée, je crois que c'est très motivant pour les acteurs, indique Renaud. Je pense à la scène avec les six comédiens du Chalet. Ça s'est fait dans le noir, autour du feu, et ils ont embarqué là-dedans. Ils ont fait la route avec nous entre Montréal et le Pontiac et ils ont pu découvrir l'aspect de la région durant ce long trajet. C'était important pour nous que les comédiens fassent corps avec la région.»

Quand les urbains débarquent

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne Charlotte Aubin

Les six comédiens du Chalet incarnent de jeunes Montréalais qui débarquent et fantasment un retour à la terre... pour mieux déguerpir le jour levé. Encore ici, c'est fait avec doigté et sans caricature. «Ils forment une gang de jeunes de la ville qui arrivent dans une région qui les enthousiasme, dit Jonathan. Ils se laissent aller à beaucoup d'exotisme et, le temps d'une rêverie, s'imaginent s'approprier les lieux. Comme s'ils pouvaient tout faire. On a approché les acteurs en expliquant ce qu'ils représenteraient dans le film, une espèce de couche amère, tout en ayant des scènes drôles et attachantes. Et ils ont embarqué!»

Revoilà Barbara Ulrich

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Les comédiens du Chalet: Julianne Côté, Antoine Pilon, Sarah-Jeanne Labrosse, Félix-Antoine Tremblay, Karl Walcott et Catherine Brunet

Barbara Ulrich a très peu joué au grand écran depuis Le chat dans le sac de Gilles Groulx en... 1964! «Barbara a voyagé, a travaillé dans le milieu culturel et a eu une vie bien remplie», précise Jonathan. Dans Mad Dog Labine, où elle incarne une vieille dame excentrique, sa présence fait écho à la démarche des deux cinéastes qui l'ont jointe par Facebook. «En travaillant sur le projet, Renaud et moi, on se lançait des références au cinéma direct, dit Jonathan. On évoquait Gilles Carle, Gilles Groulx, Claude Jutra. Les films de ces réalisateurs ont une structure inspirante. Nous cherchions justement une femme dans les 70 ans pour un des personnages et nous avons eu un éclair de génie: Barbara!»

En salle le 5 avril.

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Barbara Ulrich dans Mad Dog Labine