Metteur en scène de théâtre émérite, René Richard Cyr fait son entrée au cinéma en y transposant un univers qu’il connaît mieux que quiconque, celui des Belles-sœurs de Michel Tremblay.

Modeste ménagère du Plateau Mont-Royal, Germaine Lauzon (Geneviève Schmidt) vient de gagner un million de timbres-primes. Elle s’empresse alors d’inviter sa sœur Rose Ouimet (Anne-Élisabeth Bossé), sa belle-sœur Thérèse Dubuc (Guylaine Tremblay), toujours flanquée de sa pauvre belle-mère Olivine Dubuc (Véronique Le Flaguais), et ses amies à un party de collage de timbres.

Outre Linda Lauzon (Jeanne Bellefeuille), que sa mère Germaine contraint d’assister à la fête, seront de la partie Yvette Longpré (Ariane Moffatt), Lisette de Courval (Valérie Blais), Des-Neiges Verrette (Debbie Lynch-White), ainsi que les inséparables Angéline Sauvé (Diane Lavallée) et Rhéauna Bibeau (Pierrette Robitaille). Contre toute attente, Pierrette Guérin (Véronic Dicaire), que ses sœurs Germaine et Rose n’ont pas vue depuis des années, se pointera à la soirée.

En s’attelant à l’adaptation au grand écran de la version musicale des Belles-sœurs, créée en 2010 avec Daniel Bélanger, d’après la pièce de Michel Tremblay mise en scène en 1968 par André Brassard, René Richard Cyr a souhaité repartir à zéro. Ayant sacrifié des scènes et des personnages pour la mouture de 2010, le metteur en scène n’a pas hésité à retirer des tableaux et à demander au compositeur de raccourcir des chansons pour cette relecture.

Si le film démarre en lion avec l’Ode au bingo, où Benoît Brière, entouré de Germaine et de sa bande, danse avec aisance sur une chorégraphie vitaminée du duo Team White, Nos belles-sœurs voit très tôt son rythme de croisière plombé par un montage qui manque de tonus. Ainsi, la séquence où Germaine téléphone à ses voisines semble durer une éternité.

PHOTO FOURNIE PAR TVA FILMS

Image tirée du film Nos belles-sœurs

Certes, René Richard Cyr a eu la bonne idée de nous faire entrer chez chacune des belles-sœurs afin de les croquer dans leur quotidien. Non seulement évite-t-il de tomber dans le piège du théâtre filmé, mais il en profite pour donner un visage aux maris de Germaine (Steve Laplante), de Rose (Guillaume Cyr) et d’Yvette (Olivier Aubin). On découvre même Johnny (Maxime Le Flaguais), celui qui brise le cœur de Pierrette.

Dans certains numéros, notamment Les clubs, le montage est si cafouilleux que l’actrice qui chante n’apparaît pas à l’écran. Par moments, c’est la continuité de la chorégraphie qui en souffre. Le problème de rythme se rencontre aussi lors de la séquence finale, où, une fois de plus, le réalisateur suit ses personnages dans leur intimité. En mettant l’accent sur ce que vivent les invitées de Germaine, le réalisateur amoindrit le choc encaissé par cette dernière. À défaut d’un tableau final bouleversant, il signe toutefois des numéros où l’émotion est au rendez-vous.

Debbie Lynch-White interprète magnifiquement Mon vendeur de brosses, où elle exécute un ravissant pas de deux avec René Richard Cyr, attendrissant en vieux garçon amoureux – un choix imposé par la productrice Denise Robert. À fleur de peau, Anne-Élisabeth Bossé livre une émouvante interprétation de Maudit cul, tandis que Véronic Dicaire s’avère déchirante sur Crisse de Johnny.

René Richard Cyr dirige son chœur d’actrices d’une main de maître. Ariane Moffatt est animée d’une joie de vivre inépuisable ; Valérie Blais fait mouche à chaque réplique ; Diane Lavallée combine savamment humour et vulnérabilité ; et Jeanne Bellefeuille, nouvelle venue d’à peine 19 ans, fait montre d’une belle intensité. Secondé par Yves Bélanger à la direction photo, le réalisateur favorise tant les gros plans qu’il paraît sonder l’âme de ses personnages.

Aux côtés d’une Guylaine Tremblay pétrie par l’envie, Véronique Le Flaguais transmet la rage contenue de son Olivine, victime de maltraitance. Rarement le regard de Pierrette Robitaille n’aura paru aussi grave sur grand écran. Quant à celui de Geneviève Schmidt, éclatant, il traduit tour à tour le bonheur tranquille et le désespoir muet.

Rompant avec l’esthétique misérabiliste qu’on associe d’emblée aux Belles-sœurs, aperçues au cinéma dans Il était une fois dans l’Est (1974), d’André Brassard, Cyr propose dans Nos belles-sœurs une esthétique pop où les couleurs acidulées dominent joyeusement. Résolument coquettes malgré quelques périodes de disette, ses belles-sœurs apparaissent dans toute leur splendeur, leur fierté et leur féminité. Après tout, il n’y a rien de trop beau pour la classe ouvrière !

En plus de chaleureux décors vintage à souhait, dont un resto évoquant Françoise Durocher, waitress (1972), d’André Brassard, René Richard Cyr nous sert sur un plateau d’argent un clin d’œil à l’œuvre de Tremblay. Dans cette scène amusante, le dramaturge et Denise Filiatrault, qui a été Rose Ouimet et Pierrette Guérin à la scène, y incarnent un couple aussi adorable qu’improbable.

En salle le 11 juillet

Nos belles-sœurs

Comédie dramatique

Nos belles-sœurs

René Richard Cyr

Geneviève Schmidt, Anne-Élisabeth Bossé, Guylaine Tremblay

1 h 42

6,5/10