Le documentariste montréalais Martin Duckworth a consacré sa carrière à défendre la paix dans le monde. Il se raconte ici, en toute transparence, alors que sa femme, et l’amour de sa vie, franchit les derniers stades de la maladie d’Alzheimer. Un récit de vie, mais surtout d’amour, d’une douceur infinie.

Publié le 19 août
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Précisons-le d’emblée : Chère Audrey n’est pas un film sur la maladie. Il s’agit plutôt d’un récit riche, vrai et immensément touchant d’une vie. Et pas exactement celle d’Audrey non plus. Enfin si, mais par la bande. C’est d’abord celle de Martin Duckworth, son mari, documentariste de renom, dont il est ici question. Et de leur grand et bouleversant amour.

Né d’une mère féministe un certain 8 mars 1933, en pleine Grande Dépression, Martin Duckworth a consacré sa vie à défendre les droits de la personne, à couvrir les guerres et les manifestations pacifistes. Pensez Viêtnam, Japon, Afghanistan. Il a même reçu le prix Albert-Tessier, en 2015, pour son apport exceptionnel dans le domaine du cinéma.

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Le documentariste Martin Duckworth et sa femme, Audrey, photographiés au début de leur relation

Sauf que Martin Duckworth a raccroché sa caméra, comme on dit, pour se consacrer à sa douce moitié. Et pas à moitié. Cette femme, sa chère Audrey, à qui il doit une fille autiste qui accepte bien mal la maladie de sa mère, perd tranquillement l’usage de la parole. De la tête aussi. Mais pas du cœur. Elle ne perd pas non plus son sourire. Encore moins sa tendresse. Et c’est réciproque. Il faut le voir la prendre par le bras, lui caresser la joue, s’endormir à son côté, surtout. Main dans la main.

Le film, d’une lenteur et d’un esthétisme de circonstance, réalisé par son ami et collègue Jeremiah Hayes, oscille entre présent et passé, vie intime et professionnelle. Il regorge d’images d’archives, de photos de famille (nombreuses : Martin Duckworth a eu plusieurs femmes, et quantité d’enfants !), le tout monté avec doigté et grande sensibilité. Une discrète animation sert à illustrer certains pans choisis de sa vie. Quant à la narration, elle est assurée par le principal intéressé, de sa voix douce et éraillée, par une vie riche, engagée, aussi nomade que créative, pleine d’humanité.

Impossible de regarder les 90 minutes du documentaire, célébré par le public montréalais lors des derniers RIDM (Prix du public), sans être bouleversé par cette douceur et cette bienveillance. Par ce très beau film, sur ce si bel amour.

Le film est présenté en anglais, avec sous-titres français, au cinéma du Parc et à la Cinémathèque québécoise.

Chère Audrey (Dear Audrey)

Documentaire

Chère Audrey (Dear Audrey)

Jeremiah Hayes

Martin Duckworth, Audrey Schirmer

1 h 30

8/10

En salle