Publié le 28 mai
Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

(Cannes) Tout sur ma mère

Ernest arrive en France de Côte d’Ivoire à un tout jeune âge, avec son grand frère Jean et sa mère, Rose. C’est de son point de vue que Léonor Serraille (Caméra d’or en 2017 pour Jeune femme) raconte cette histoire d’immigration, ses petites joies et ses grandes difficultés, dans Un petit frère, ajouté au dernier instant à la compétition. Ce film en trois chapitres (Rose, Jean, Ernest), qui s’étend de 1989 à 2010 environ, explore le rapport à la mère ainsi que ses attentes, ses envies, pour elle et ses enfants. « Je me suis accroché à sa lumière », dit d’emblée Ernest de sa mère, en parlant de leur arrivée en France. « On ne sait jamais où se foutre avec vous », lui dit la mère d’un de ses amis, lorsqu’il lui confie qu’il trouve Rose envahissante. Un petit frère est un film particulièrement charmant, aux idées de réalisation poétiques, délicates et inventives, au rythme engageant, à propos d’une mère en quête de liberté qui tire le diable par la queue. Et de fils sur qui portent tous les espoirs, et qui finissent par perdre pied. C’est aussi un regard critique sur une société qui prône l’égalité, mais qui est tout sauf égalitaire.

PHOTO ALLYSON RIGGS, A24, TIRÉE DU SITE WEB DU FESTIVAL DE CANNES

Showing Up

Pigeon d’argile

L’Américaine Kelly Reichardt (Meek’s Cutoff) présentait Showing Up, sa quatrième collaboration avec la comédienne Michelle Williams, en compétition vendredi. Membre du jury de la compétition des longs métrages à Cannes en 2019, Reichardt avait présenté son précédent film, le brillant First Cow, à la Berlinale en 2020. Showing Up, son premier film en compétition cannoise, est plus minimaliste, mais tout aussi charmant. C’est un regard doux-amer sur le milieu des arts aux États-Unis, à travers la tranche de vie d’une sculptrice mélancolique, Lizzie, qui prépare une exposition pour une galerie de Portland. Elle vit dans l’ombre de sa voisine et propriétaire, une artiste qui a fréquenté la même école, mais qui a plus de succès qu’elle. Ce film au rythme lent et au ton décalé et ironique, typique du cinéma indépendant américain portant d’ordinaire le sceau de Sundance, s’apparente davantage, dans la filmographie de Kelly Reichardt, à Certain Women qu’à First Cow (même si John Magaro fait partie de la distribution). La bande sonore est signée André Benjamin, alias André 3000, qui a aussi un petit rôle dans le film. Mais c’est un pigeon à l’aile cassée, prétexte à bien des métaphores, qui vole le show…