Publié le 20 mai
Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

Les 400 coups

Maintenant un habitué de la compétition cannoise – il y était déjà en 2000 avec The Yards –, l’Américain James Gray a présenté jeudi Armageddon Time, son film le plus personnel, à saveur autobiographique. L’histoire d’un préadolescent rêveur, Paul, doué pour les arts et pour le trouble, et de sa relation privilégiée avec son grand-père (formidable Anthony Hopkins) à la fin des années 1970, dans le quartier de Queens, à New York. Dans ce récit initiatique nostalgique, James Gray se penche sur les limites du rêve américain que sont le racisme, l’antisémitisme, la méritocratie ou encore la pauvreté, alors que Ronald Reagan est sur le point d’être élu président des États-Unis. Paul, couvé par sa mère (Anne Hathaway), craignant les colères violentes de son père (Jeremy Strong, révélé par la série Succession), découvre candidement à travers le sort réservé à son camarade de classe noir le profilage racial et le privilège blanc. La chronique sociale et familiale qu’articule James Gray autour de cet émule d’Antoine Doinel est prenante et attendrissante. Le cinéaste évite la rectitude politique, en montrant et en nommant les réalités de l’époque. Mais il y a des flottements, voire des trous dans le scénario que l’on s’explique mal.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

EO

Peau d’âne

En compétition pour la septième fois à Cannes, le vétéran cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, 84 ans, propose dans EO un hommage, 56 ans plus tard, au classique Au hasard Balthazar de Robert Bresson, en version hallucinée. C’est-à-dire que l’on suit les tribulations d’un âne (qui se nomme EO ; à prononcer « hi-han »), d’un cirque en Pologne jusque dans un élevage de bovidés en passant par un match de soccer amateur et un séjour dans une villa bourgeoise en Italie, où une femme (Isabelle Huppert, à l’écran cinq minutes) casse des assiettes de porcelaine sur un plancher de céramique. Pendant son étrange épopée, EO ne tient pas en place, s’évade plusieurs fois en espérant retrouver l’artiste de cirque qui s’occupait si bien de lui, et croise brièvement le chemin de plusieurs personnages bienveillants ou cruels, aux destins plus ou moins dramatiques. Dans cette fuite de l’âne, il y a des images fortes, oniriques, stroboscopiques, qui rappellent Fellini (le cirque, forcément…) et se marient tantôt à des silences, tantôt à une musique assourdissante. Cette fable « à hauteur d’âne », poétique et mélancolique, n’est pas sans charme… mais jamais comme l’original.