Un critique de cinéma octogénaire, dont le cœur est fragile, voit progressivement dépérir la femme qu’il aime, une psychiatre atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Publié le 6 mai
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Reconnu pour ses provocations, d’Irréversible à Climax en passant par Enter the Void, Gaspar Noé change complètement son approche avec Vortex, un film dans lequel il s’intéresse au quotidien d’un vieux couple en fin de vie. Dédiant d’entrée de jeu sa nouvelle offrande « à tous ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur », le cinéaste propose un récit qu’on pourrait situer entre Les dernières fiançailles, de Jean-Pierre Lefebvre, et Amour, de Michael Haneke.

Pour ce faire, Gaspar Noé a choisi d’y mettre le temps en empruntant le rythme de vie d’octogénaires dans leur quotidien. Comme entrée en matière, il se permet en outre de présenter dans son intégralité un clip de Françoise Hardy datant des années 1960, dans lequel la chanteuse interprète Mon amie la rose. Le cinéaste utilise également la technique du split screen, laquelle divise l’écran en deux, afin que les deux protagonistes soient constamment présents à l’image, même dans les scènes où ils se trouvent dans des lieux différents.

Ayant fait appel à deux icônes du cinéma, Françoise Lebrun (inoubliable dans La maman et la putain, de Jean Eustache) et Dario Argento (le célèbre cinéaste italien, chef de file du cinéma giallio, tient ici son premier grand rôle à titre d’acteur), Gaspar Noé s’attarde ainsi à décrire la dégénérescence au quotidien, au milieu d’un appartement trop encombré par les souvenirs que ce couple, formé d’une psychiatre et d’un critique de cinéma, a accumulés pendant des décennies. Ponctué de quelques visites du fils unique (Alex Lutz), le récit repose entièrement sur les improvisations des trois comédiens.

Ce film trop long, où, bien souvent, il ne se passe apparemment « rien », est quand même traversé de moments très poignants. En se glissant dans la peau de son personnage à la mémoire trouée, Françoise Lebrun offre une performance magnifique de subtilité et d’émotion diffuse.

D’évidence, Vortex évoque une étape de la vie qu’on redoute, comme annonciatrice d’un grand saut dans le vide, mais Gaspar Noé a choisi de maintenir son regard à hauteur d’humain, sans aucun psychologisme ni aucune complaisance. Il a bien fait.

À l’affiche dès ce vendredi

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Vortex

Drame

Vortex

Gaspar Noé

Avec Françoise Lebrun, Dario Argento, Alex Lutz

2 h 22

½