C’est un service que nous rend Geneviève Albert avec son premier long métrage, Noémie dit oui. La prostitution juvénile nous est montrée avec un réalisme déchirant qui provoque de fortes émotions, puis la réflexion. On en sort déstabilisé, mais alerté aussi.

Publié le 29 avril
Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

L’autre grand service que rend la réalisatrice à tous ceux qui verront le film, c’est d’avoir placé la comédienne Kelly Depeault au centre de son œuvre. Sa performance est impeccable et percutante de justesse.

Noémie dit oui raconte, comme son titre l’indique, le moment où la jeune Noémie dit oui à la proposition d’être escorte pendant le Grand Prix de Formule 1 de Montréal. Après s’être enfuie du centre jeunesse d’où sa mère refuse de la faire sortir, Noémie tombe dans les bras de Zach (James-Edward Métayer), qui, derrière ses airs amoureux, est en fait le proxénète qui lui fera vivre l’enfer.

On pourrait conseiller aux âmes sensibles de s’abstenir de regarder Noémie dit oui. Parce que la violence, sans être montrée gratuitement, tapisse le film de bout en bout. Une violence sexuelle et physique, à l’endroit d’un personnage de 15 ans seulement. Mais même ceux que peu de choses atteignent devraient être touchés par ce long métrage, qui montre la dure réalité de la prostitution juvénile pendant une longue heure et demie sans laisser de répit au spectateur. Le procédé est judicieux. On étouffe de voir ces scènes les unes après les autres. Et à la fois, on sait que cette fiction dépeint une réalité trop vraie, si proche de nous, indéniable, mais occultée à la fois.

PHOTO FOURNIE PAR K-FILMS AMÉRIQUE

Pour son film, Geneviève Albert a cherché à parler à d’anciennes prostituées, même à un jeune proxénète, pour mieux comprendre cet univers qui la fascine depuis longtemps, assez pour qu’elle en fasse le thème de son tout premier long métrage. On sent cette recherche du réel, surtout cette envie de ne pas le magnifier.

Le piège aurait été de vouloir trop montrer l’horreur. Geneviève Albert, malgré la dureté des scènes qu’elle a imaginées, reste dans une certaine retenue. Son procédé créatif empêche le corps de la jeune femme violée d’être dans le même cadre que l’homme. La réalisatrice présente l’acte de façon à ce qu’on ne considère pas la prostituée et le client dans une relation, mais bien dans une transaction. Dans le non-dit, par l’image seulement, le message est clair. C’est également le cas dans toutes les scènes où aucun texte n’est nécessaire pour que la détresse de Noémie nous percute. Nombreux, ces moments du film nous montrent le cheminement émotionnel de l’adolescente, la déchéance qui la guette, la douleur qui l’assaille. Parfois, sans un seul mot.

Derrière la caméra, Geneviève Albert est en parfaite maîtrise de sa narration. Devant l’objectif, Kelly Depeault rend possible tout ce qu’a imaginé la réalisatrice. C’est elle qui, par son regard et ses gestes seulement, nous soutire des larmes de compassion ou de colère. C’est elle qui, dans ses rires, ses cris ou ses pleurs, nous raconte cette histoire si déchirante.

Dans ce rôle-titre, la jeune actrice est magistrale. Kelly Depeault incarne toutes les émotions de son personnage sans jamais trop en faire, en gardant toujours cette justesse d’interprétation magnétique. On ne se lasse pas de la voir à l’écran, elle qui est de toutes les scènes.

En salle

Noémie dit oui

Drame

Noémie dit oui

Geneviève Albert

Avec Kelly Depeault, Emi Chicoine, Maxime Gibeault, James-Edward Métayer

1 h 53