Ambar est une jeune Mexicaine arrivée illégalement aux États-Unis dans l’espoir de vivre une vie meilleure. Elle déniche un travail éreintant et un logis dans une maison de chambres décrépite réservée à des femmes. Peu à peu, elle découvre toute l’horreur qui habite ces lieux et dont elle pourrait être la prochaine victime.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Nul doute que le cinéaste montréalais Santiago Menghini possède tout le talent nécessaire pour créer une convaincante et consistante filmographie d’horreur. Nul doute que l’enthousiasme est là. Il manque juste un peu de sel, un peu d’épices. Du moins, dans ce qu’il propose ici.

À sa décharge, il faut dire ici que la signature de Menghini n’est pas accolée au scénario du film, adaptation du roman d’Adam Nevill sorti en 2014. Un scénario qui nous a paru manquer un peu d’épaisseur, notamment dans la définition des personnages secondaires.

C’est vrai que nous sommes dans un film d’horreur, que les codes sont sans doute singuliers, que les silences sont peut-être aussi importants que les paroles, que le mystère accentue l’effet de tension.

Mais il reste qu’on aurait bien aimé en savoir un peu plus, par exemple, sur le personnage de Red qui détient les clés de cette maison qui accueille uniquement des femmes et dans laquelle Ambar crèche à la chambre 204. Et que dire de Becker, très inquiétant frère barbu de Red…

Par ailleurs, on suggère, dès le début de l’histoire, que des tombeaux mexicains ont été pillés et que les esprits des morts cherchent maintenant à se venger. De là leur émergence, d’abord larvée, puis de plus en plus réelle, autour du personnage d’Ambar. Mais encore ? Quelle en est l’origine exacte ? Quel est le fil conducteur entre le passé et le présent ? On aurait pu ajouter ici quelques détails.

Que reste-t-il alors ? Une très convaincante mise en scène par laquelle Menghini nous plonge la tête dans une ambiance si lugubre qu’on cherche un peu d’air. La direction photo est à l’avenant avec sa colorisation vert-de-gris, sa lumière décolorée à l’extérieur et ses intérieurs glauques à souhait.

Si le lien passé-présent est mal défini, l’idée de nous faire vivre cette histoire d’horreur à travers les yeux d’une immigrante illégale est une excellente idée. Le spectateur peut ainsi se mettre dans la peau d’Ambar qui ressent la pression associée au fait de s’installer dans un nouveau lieu sans avoir de repères.

Et ici, le lieu choisi est Cleveland, choix plus que judicieux quand on sait comment cette ville du Midwest qualifiée de Comeback City a eu du mal à se relever de la désindustrialisation. Les déambulations d’Ambar dans les rues nous font bien sentir toute la misère de cette ville qui souffre et est repliée sur elle-même.

En dépit de nos réserves, on peut saluer ce premier long métrage de fiction qui annonce sans doute de bien belles choses pour l’avenir.

Sur Netflix.

No One Gets Out Alive

Horreur

No One Gets Out Alive

Santiago Menghini

Avec Cristina Rodlo, Marc Menchaca et David Figlioli

1 h 27