Que se passe-t-il quand une victime d’agression sexuelle porte plainte contre son agresseur ? A-t-elle une chance d’avoir gain de cause dans notre système ? Poser la question, c’est y répondre. Ce film engagé démontre pourquoi.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Mise en garde : si vous avez suffisamment entendu parler du mouvement #moiaussi, passez votre tour, de grâce. Ceci n’est franchement pas un film estival. Tout le contraire. Le moment choisi pour sortir un documentaire pareil – ce début d’été et de semblant de retour à la normalité – est étrange, d’ailleurs. Un film au sujet lourd, aux propos lourds, et aux conclusions tout aussi lourdes. Mais pas seulement, fort heureusement.

Récapitulons : La parfaite victime est un documentaire présenté sous forme d’enquête, quoiqu’habillée d’une musique et d’une esthétique très cinématographiques, gros plans et tension dramatique inclus, mené par Monic Néron et Émilie Perreault.

La prémisse : qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans notre système pour que les victimes n’obtiennent jamais justice ? Avec un parti pris évident qui se défend totalement, si vous voulez notre avis.

Défilent ici à la caméra plusieurs femmes (Sophie, Lily, etc.) et un homme (Marcel), qui témoignent tour à tour de leurs agressions. Ça fesse, sachez-le, quoique sans jamais tomber dans le voyeurisme ni le sensationnalisme. Leurs récits sont entrecoupés d’extraits de bulletins d’information, de témoignages de psychologues et d’entrevues réalisées avec divers criminologues, procureurs, et même la juge en chef de la Cour du Québec (Lucie Rondeau).

La force du film repose entre autres sur cet habile et éloquent montage, lequel illustre à gros traits la fragilité des uns d’un côté (souvent envahis par les souvenirs et les émotions) et l’assurance des autres de l’autre, costumes, cravates et textes de loi à l’appui. Et leur dialogue de sourds, aussi. Par moments, c’est limite caricatural.

Mention spéciale à cette scène, exaspérante à souhait, où tous ces hommes (et femmes) de loi bafouillent et se perdent dans leur jargon en tentant (en vain !) d’expliquer la fameuse et sacro-sainte notion du doute raisonnable. Clé, ici, faut-il le souligner.

Autre bon coup : cette entrevue (exclusive) menée avec l’ex-juge de la Cour fédérale Robin Camp, mis à l’index pour des propos déplacés formulés à l’égard d’une plaignante (pourquoi n’avait-elle tout simplement pas serré les genoux, souvenez-vous ? ). On ne vous révélera rien, sinon que depuis, l’homme a fait un sacré bout de chemin. Et c’est drôlement encourageant. Rare, quoiqu’inspirante touche d’espoir ici.

On aime entendre les deux réalisatrices (par ailleurs plutôt discrètes à l’écran) poser les vraies questions : savez-vous ce qu’est un biais inconscient et avez-vous déjà perdu la cause d’un client accusé d’agression ? À cette question, accrochez-vous : « jamais », répond-on à répétition.

Pourquoi ? En résumé : parce que la victime « parfaite », aux souvenirs clairs, nets et précis, qui aurait une chance en cour, n’existe pour ainsi dire pas. Et le « système » est ainsi fait qu’on préfère laisser courir un coupable qu’enfermer un innocent. On s’en doutait. Mais c’est une tout autre chose que de l’entendre, de la bouche des gens du système en plus.

Un constat amer, certes, qui n’invite toutefois pas qu’au découragement. Mais plutôt à l’information, à l’éducation et à l’action. Une action qui commence ici, en voyant ce film.

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La parfaite victime

Documentaire

La parfaite victime

Monic Néron et Émilie Perreault

89 minutes