À la tête d’un organisme non agréé officiellement, qui reçoit, en hébergement ou en accueil de jour, des adolescents et des adultes atteints de troubles du spectre de l’autisme graves, un éducateur doit aussi gérer les visites d’inspecteurs gouvernementaux. 

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Après avoir mis leur approche humaniste au service de comédies haut de gamme comme Intouchables et Le sens de la fête, Éric Toledano et Olivier Nakache mettent cette fois leur talent au service d’un drame social. Ils auraient facilement pu tomber dans le didactisme ou les excès de bien-pensance, mais les deux complices ont plutôt choisi de faire ce qu’ils savent mieux faire : du cinéma.

Hors normes, malgré quelques moments où l’on sent trop la ferme intention de faire passer un message, est un film inspirant, où le réalisme des situations est aussi emporté par des élans romanesques, des instants de légèreté, des touches d’humour et même, parfois, quelques états de grâce. Le tandem donne d’ailleurs la tonalité dès le départ alors qu’une caméra nerveuse suit l’éducateur Malik (Reda Kateb), en train de courir dans la rue pour rattraper une jeune femme en crise. Le récit est ainsi construit autour du rapport qu’entretiennent, son collègue Bruno (Vincent Cassel) et lui, avec les jeunes dont ils s’occupent, tous atteints de différents troubles, tous tombés dans les failles d’un système qui ne peut rien pour eux.

Ce faisant, Toledano et Nakache brossent un portrait souvent touchant, sans prêchi-prêcha, d’où émane un esprit de solidarité humaine, malgré les différences de toutes natures. En les entourant d’acteurs non professionnels, les cinéastes donnent aussi l’occasion aux deux vedettes d’offrir des performances qui figureront parmi les plus marquantes de leur carrière. Vincent Cassel, à contre-emploi, est particulièrement émouvant dans le rôle de cet éducateur sachant parfaitement comment s’y prendre avec ces jeunes, comment leur parler, mais complètement maladroit dans les aspects plus privés d’une vie entièrement consacrée à son métier. La composition de Reda Kateb (Django, La grande noirceur) est tout aussi remarquable, en ce qu’elle charrie subtilement toute la révolte intérieure d’un être ayant choisi de canaliser son énergie en aidant ceux que la société préfère ne plus voir.

Si les échanges avec les inspecteurs gouvernementaux semblent parfois un peu trop plaqués, même s’ils évoquent de vraies revendications, Hors normes n’est quand même pas un brûlot politique. Ce long métrage s’attarde surtout à montrer que les normes, celles qui définissent autant les institutions que le regard qu’on pose sur les individus, sont souvent bien relatives.

En salle dès vendredi.

Hors normes

Drame social

Hors normes

Éric Toledano et Olivier Nakache

Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Aloïse Sauvage

1 h 53

½