Au cours de l’été 2006 éclate une guerre entre le Hezbollah libanais et l’armée israélienne. Inquiet, Marwan Hamdan se rend dans le sud du Liban dévasté dans l’espoir de retrouver son père Abou Nasser. Il se retrouve coincé dans une maison isolée dont les étages supérieurs sont occupés par des soldats israéliens.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

La plus belle qualité du long métrage Le prix de la victoire est de nous raconter un conflit armé du point de vue des civils.

Ils n’ont pas voulu la guerre. Ils la subissent. Ils l’entendent au-dessus de leur tête, la croisent au coin de la rue, la vivent à travers tous leurs sens, y compris celui du goût, comme on peut le voir dans une des plus belles scènes de ce film.

Marwan (Karam Ghossein) est un homme dans la trentaine qui se rend en vitesse dans une ville du Sud devenue amas de ruines dans l’espoir de retrouver son père. Il y croise deux amis du paternel qui l’amènent à la maison. En raison d’une courte trêve, tout est calme. Puis, sans avertissement, le conflit reprend. Les balles sifflent de partout.

Les trois hommes, auxquels se greffera bientôt un couple, passeront les trois jours suivants confinés au premier étage de la maison.

Commence alors un huis clos lent et anxiogène. La situation commande cette lenteur qui pourrait cependant devenir agaçante.

Ces civils sont condamnés à ne pas faire de bruit, car le danger est tout prêt et guette. Il n’y a plus rien à manger, bientôt plus rien à boire. Quand une conduite d’eau longeant un mur éclate, ils se précipitent pour lécher le béton.

Une bonne performance d’acteurs permet de bien faire passer les sentiments de terreur qu’éprouvent Marwan et ses compagnons de fortune. Plus que les mots, ce sont les expressions faciales et corporelles, leur immobilité, qui traduisent ici leur désarroi.

Le film explore aussi un thème associé à chaque conflit et catastrophe : partir ou rester ? Chercher ses proches ou espérer une future réunion ? On le voit ici à travers l’histoire de Marwan, mais aussi de sa femme Rana (Flavia Juska Bechara), restée à Beyrouth. Complémentaires, les deux histoires auraient gagné à être un peu mieux liées.

Inspiré de faits réels, le film a été couronné de trois prix en 2019 à la 34Semaine internationale de la critique de Venise, une section indépendante de la Mostra.

En salle dès maintenant.

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AFFICHE FOURNIE PAR AZ FILMS

Le prix de la victoire, d’Ahmad Ghossein

Le prix de la victoire

Drame d’Ahmad Ghossein
Avec Karam Ghossein, Adel Chahine et Boutros Rouhana
1 h 34
★★★