The Mauritanian (Le Mauritanien en version française) est inspiré de Guantánamo Diary (Les carnets de Guantanamo), un bouquin dans lequel Mohamedou Ould Slahi, qui a vécu deux mois à Montréal en 1999, décrit l’horreur de ses 14 années d’incarcération dans le fameux centre de détention militaire, situé sur une base navale américaine à Cuba.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

C’est là qu’ont été détenus ceux que l’on soupçonnait de terrorisme islamique. Ce ressortissant mauritanien raconte aussi comment il a pu réussir à entretenir sa propre humanité dans des circonstances aussi exceptionnelles qu’ignobles. Kevin Macdonald (The Last King of Scotland) emprunte ces deux axes pour raconter l’histoire d’un homme ayant été torturé à l’abri des règles de droit établies aux États-Unis, sans avoir jamais été accusé de quoi que ce soit.

D’un côté, il y a la part juridique d’une histoire vécue, qui nous ramène à l’état d’esprit paranoïaque dans lequel baignait l’Amérique après les attentats du 11 septembre 2001. L’avocate Nancy Hollander (Jodie Foster a obtenu le Golden Globe de la meilleure actrice de soutien grâce à ce rôle) était d’ailleurs bien prête à croire ce que les autorités racontaient à propos de Mohamedou Ould Slahi (et de sa présumée participation aux attentats), mais elle fut quand même l’une des rares personnes à ne pas balancer tous ses principes par-dessus bord au nom d’une vengeance collective. Le récit relate ainsi les efforts de l’avocate afin que la cause de son client soit traitée selon les règles du système de justice.

The Mauritanian emprunte ainsi la forme d’un drame judiciaire, mais il dresse aussi le portrait d’un homme ayant dû faire preuve de résilience pour survivre au traitement qu’on lui a fait subir. Tahar Rahim (Un prophète) offre ici une composition saisissante en se glissant dans la peau d’un individu ayant subi un sort effroyable, probablement pire que ce que le cinéma peut se permettre de décrire. Kevin Macdonald évite toute forme de sensationnalisme dans sa mise en scène, même si, forcément, les scènes de torture se révèlent insoutenables et soulèvent colère et indignation.

D’une grande pertinence

Le récit emprunte parfois une forme plus didactique, mais à une époque où, aux États-Unis, on s’interroge de nouveau beaucoup sur l’État de droit, la Constitution et le processus démocratique, The Mauritanian ne pourrait être plus pertinent. Il sera d’ailleurs intéressant de voir comment ce film, qui évoque l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays de l’Oncle Sam, sera accueilli là-bas. D’autant que cette prison, utilisée d’abord par l’administration Bush fils, et que Barack Obama avait promis de fermer, est toujours ouverte.

The Mauritanian (Le Mauritanien en version française) est à l’affiche en version originale au Cinéma Banque Scotia à Montréal. Il est aussi offert à la location en vidéo sur demande en version originale et en version française réalisée au Québec, notamment par les plateformes Illico, Bell, Apple TV, Amazon Prime Video et Boutique Cineplex.

AFFICHE FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

The Mauritanian, de Kevin Macdonald

Drame
The Mauritanian
Kevin Macdonald
Avec Jodie Foster, Tahar Rahim, Shailene Woodley
2 h 09
★★★½