De par son immense population, ses ressources et l’ascension de sa classe moyenne, l’Inde constitue une puissance, voire un monstre économique, sur laquelle d’aucuns posent actuellement les yeux. Or, en dépit de cette marche en avant, le pays n’en conserve pas moins un système de castes rigide qui confine des millions de personnes dans la pauvreté et la discrimination.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

C’est ce que rappelle le roman The White Tiger d’Aravind Adiga, couronné du Booker Prize en 2008 et maintenant porté au cinéma dans un format résolument hollywoodien.

Ce qu’on en retient est une radiographie vaguement dickensienne du choc (et non de la lutte) des classes dans ce pays. Ceci à travers le regard de Balram, jeune homme plein d’entrain et habité d’un grand rêve, qui passera sous nos yeux de gentil naïf à compréhensif entrepreneur. Quoique ce dernier chapitre soit insuffisant pour s’y attarder.

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Adarsh Gourav, dans une scène du film

Né pauvrement dans un village reculé de l’Inde, Balram Halwai (Adarsh Gourav) nourrit l’ambition de devenir le chauffeur d’Ashok (Rajkummar Rao) et Pinky Madam (Priyanka Chopra), un couple d’Indiens modernes de retour au pays après un long séjour à New York. Lorsqu’il découvre que l’entourage d’Ashok, des entrepreneurs faisant fortune dans le charbon, profite de sa naïveté pour lui attribuer, faussement, la responsabilité d’une tragédie, Balram orchestre sa vengeance.

Et quelle vengeance ! Sans entrer dans les détails, contentons-nous ici de prononcer ce rappel souvent fait aux enfants : n’essayez pas de faire ça à la maison !

Plusieurs descriptions — dont l’officielle — du film évoquent ici un humour noir et grinçant. Vraiment ? Nous avons bien davantage eu le sentiment d’être ici en présence d’un drame pur et dur. Les enjeux sont trop importants pour les prendre à la légère.

Or, certains passages sont abordés avec une certaine légèreté, ne serait-ce que parce que Balram est un éternel optimiste qui veut tellement réussir ! Il y a même quelques éléments qui frôlent le surnaturel, mais ils nous ont laissé totalement indifférent.

Que retenir, alors ? D’abord une histoire qui sort des critères habituels, ne serait-ce que parce qu’elle est campée en Asie du Sud-Est. Une direction photo au-dessus de la mêlée qui nous fait voir l’Inde au niveau de la rue sans effets de carte postale. Non, on ne voit pas le Taj Mahal, mais plutôt d’immenses hôtels et édifices d’appartements faisant la joie des nouveaux riches de Delhi.

Côté interprétation, Adarsh Gourav est très convaincant et, dans les scènes de village, est entouré de non-acteurs donnant une touche d’authenticité à l’ensemble. Alors que Rajkummar Rao, acteur très connu en Inde, a un jeu fermé, figé et une tête d’enterrement. Il faut dire qu’il n’a pas le beau rôle dans ce pitoyable Ashok incapable de s’opposer aux volontés de son entourage.

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The White Tiger, de Ramin Bahrani

À l’opposé, Priyanka Chopra incarne en Pinky une jeune femme colorée, extravertie et sûre d’elle. Une entourloupette scénaristique la fait disparaître beaucoup trop tôt. On aurait écrit le scénario autour de son personnage que le film aurait été plus explosif et émaillé de plus de confrontations. Dommage. Un peu plus de piquant n’aurait pas été de refus dans cette histoire d’échecs et de victoires se voulant universelle.

Offert sur Netflix.

★★★

The White Tiger (V. F. Le tigre blanc). Drame de Ramin Bahrani. Avec Adarsh Gourav, Rajkummar Rao, Priyanka Chopra. 2 h 02.