À Ivry-sur-Seine, au sud du 13e arrondissement de Paris, des jeunes échangent à propos de leurs traumatismes familiaux. À l’approche de la vie adulte, ils sont confrontés à la solitude et aux effets dévastateurs d’une enfance tordue.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

La cinéaste française Claire Simon a de la suite dans les idées. Son plus récent film, Premières solitudes, se situe dans la continuité de ses œuvres précédentes, que ce soit de fiction (Gare du Nord) ou documentaires (Les bois dont les rêves sont faits, Le concours).

Continuité en ce sens que la réalisatrice se penche sur les sentiments humains dans des contextes de grands groupes ou dans des lieux propices aux rassemblements. En suivant le parcours de quelques personnages, elle tire sentiments et ressentiments pour en faire un portrait général.

Ça ne fait pas des films faciles. Et celui-ci l’est peut-être encore moins que les autres, avec ses longs plans fixes, voire statiques, où la caméra oscille de droite à gauche et vice versa au fil des conversations.

Il faut comprendre que cette façon de faire est tissée d’une grande humanité, d’une absence de jugement et d’une envie de témoigner. Autrement dit, là où les reportages des grands médias vont trop vite, Claire Simon prend son temps.

Ici, le travail est savamment structuré. Toute la première partie se déroule sur le terrain et entre les murs d’une école-bunker insipide. Alors que toute la seconde partie se déploie hors les murs. Or, d’un endroit où l’autre, on retrouve la même détresse, les mêmes questions, la même incertitude. Les jeunes sont tantôt intervieweurs, tantôt interviewés. L’une a une mère schizophrène, l’autre, un père inconnu. L’un est dégoûté de lui-même, l’autre évoque le fait que son père n’a pas le droit d’approcher sa mère. À chacun sa séparation.

IMAGE FOURNIE PAR SOPHIE DULAC DISTRIBUTION

Affiche du documentaire Premières solitudes, de Claire Simon

Au terme de l’exercice, quelques jeunes femmes parlent de maternité (ou non) et d’avenir. Elles ont quand même espoir. Elles ont envie d’un avenir.

Premières solitudes est offert sur la plateforme Tënk.

★★★

Documentaire. Premières solitudes de Claire Simon. Avec Judith, Mélodie, Anaïs, Hugo et d’autres élèves du lycée Romain Rolland. 1 h 37.