Le long métrage 14 jours, 12 nuits tient de l’alignement des planètes. Vous savez, quand tout se met parfaitement en place, quand les éléments s’emboîtent si aisément les uns dans les autres qu’on en reste éberlué.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

De bons éléments, il y en a plusieurs dans cette production. D’abord, le scénario, socle bien érigé par Marie Vien qui aborde un sujet souvent vu au grand écran, le deuil, par un chemin moins fréquenté, l’adoption. Ensuite vient la mise en scène du réalisateur Jean-Philippe Duval, chef d’orchestre qui s’est entouré d’une équipe de feu, dont Yves Bélanger à la direction photo et André-Line Beauparlant à la direction artistique.

Et devant nous, sur le grand écran, il y a cette rencontre concluante, probante, inoubliable, de deux comédiennes, Anne Dorval et Leanna Chea, dont le jeu fait passer parfaitement l’émotion de l’histoire. Nous y reviendrons plus loin.

Mais d’abord, un résumé de ce film à aller voir en salle pour sa somptuosité. Océanographe vivant au bord du Saint-Laurent, Isabelle (Anne Dorval) voit sa vie basculer le jour où sa fille adoptive Clara (Laurence Barrette) perd tragiquement la vie. Un an plus tard, Isabelle part au Viêtnam pour un pèlerinage au pays d’origine de Clara.

Sans l’avoir d’abord cherchée, sa route croisera celle de Thuy (Leanna Chea), la mère biologique de Clara. Entre les deux femmes naîtra une amitié dont la base sera fragilisée par le lourd secret d’Isabelle.

Le scénario à couches multiples de Marie Vien explore plusieurs thèmes tels le deuil, la recherche des racines, le courage comme… le manque de courage, la gêne, la honte, la guerre du Viêtnam et bien évidemment la peur. La peur de dire, la peur de révéler, la peur qu’un mot, un seul mot, déclenche un cataclysme.

Et, en toute fin de parcours, 14 jours, 12 nuits devient une histoire de renaissance. Une histoire de lumière au bout du tunnel. D’une page qu’on tourne, d’un poids qui disparaît à la suite d’une décision audacieuse, mais à l’effet libérateur, d’Isabelle.

C’est beaucoup de choses, direz-vous, en 100 petites minutes. Et pourtant, chacun de ces thèmes, même effleuré, nous atteint en plein cœur. Ce qui nous ramène au travail des comédiennes.

Actrice française qui en était à son premier rôle au Québec, Leanna Chea compte déjà une nomination, au gala des prix Écrans canadiens, pour son rôle de Thuy. Il est vrai qu’elle est convaincante dans son personnage moderne, branché, indépendant.

Et que dire d’Anne Dorval. Ici, elle plonge littéralement dans les abîmes de la douleur pour nous livrer une Isabelle au cœur lourd, troublée, incertaine, mal à son aise face à Thuy, de qui elle essaie de gagner la confiance.

Il y a dans le film une scène pivot, qui lance la dernière ligne droite du film, dont le niveau d’intensité et de vérité nous restera longtemps en mémoire. Dans cette scène, Anne Dorval fait étalage de tout son immense talent.

Il y a beaucoup de silences, de non-dits dans le film et, encore une fois, c’est tout à l’honneur des deux comédiennes qui expriment alors les sentiments qui les habitent dans le regard, la posture, l’abandon.

Ailleurs, les artisans ont eu le doigté nécessaire pour ne jamais sombrer dans l’effet carte postale. La beauté des paysages (au Bic, à Hanoï, dans la baie d’Along…) ne fait jamais oublier dans quelle situation précaire baignent Isabelle et Thuy.

Au cœur du bourdonnant Hanoï, le directeur photo Yves Bélanger filme au niveau de la rue, donnant à l’histoire un petit côté documentaire. Isabelle, comme nous, par ricochet, découvre la ville dans toute son ébullition et ses travers.

Des endroits merveilleux servant de décor pour une histoire de cœur, un drame humain, à la puissance d’évocation inouïe. Que demander de plus ?

14 jours, 12 nuits est notre premier gros coup de cœur de l’année.

IMAGE TIRÉE DU WEB

Affiche de 14 jours, 12 nuits

★★★★

14 jours, 12 nuits, un drame de Jean-Philippe Duval. Avec Anne Dorval, Leanna Chea et François Papineau. 1 h 40

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